Une autre explication de l'inefficacité de la politique monétaire japonaise dans les années 1990 a été de mettre l'accent, à la fois, sur les erreurs commises par la Banque du Japon elle-même, et sur son manque d'audace, dans le sens où elle n'a pas été prête à essayer des politiques un peu innovantes. C'est la position de Bernanke [1], qui considère finalement que la question de la trappe à liquidité est plutôt une excuse qu'utilise la Banque du Japon (BDJ) pour justifier son immobilisme. Il considère tout d'abord que le problème principal de l'économie japonaise résulte d'une demande insuffisante et que ce sont des erreurs successives dans la conduite de la politique monétaire japonaise qui ont entraîné la situation de déflation actuelle. Ainsi, la Banque du Japon n'aurait pas dû essayer de freiner la hausse des marchés d'actions à la fin des années 1980 mais aurait dû plutôt se concentrer sur le dérapage de l'inflation à l'époque [2]. Par la suite, la politique monétaire japonaise a été trop restrictive, au début des années 1990, face à la dynamique déflationniste engendrée par le krach des marchés d'actifs. Dans un deuxième temps, Bernanke estime que la BDJ ne fait pas tout ce qu'elle peut pour favoriser le redressement de la demande. En particulier, la faiblesse actuelle des taux d'intérêt ne peut être avancée pour qualifier la politique monétaire actuelle d'expansionniste. Or, la BDJ a tout à fait les moyens de relancer la demande nominale et les prix, pour soutenir l'activité réelle. La BDJ pourrait ainsi annoncer un objectif d'inflation pour quelques années. Il est également possible de mener une politique de dépréciation du yen, grâce à des ventes importantes de yen à travers une politique d'open-market (du fait du rééquilibrage des portefeuilles). Face aux critiques de la BDJ, qui estiment que cette politique consiste à exporter la déflation, Bernanke répond que la relance de l'économie japonaise serait au contraire une bonne chose pour les pays commerçants avec le Japon. Une autre politique que pourraient mener les autorités japonaises serait de financer des baisses d'impôts sur les ménages par de la création monétaire. On n'aurait pas d'effet Ricardo [3] car le financement des baisses d'impôts neserait pas assuré par un nouvel emprunt mais par la taxe inflationniste. Or, cette dernière permettrait de relancer l'activité. D'autres mesures plus innovantes pourraient également être prises, comme celle de mener une politique d'open market en utilisant des obligations gouvernementales à long terme. Ceci permettrait de relancer les marchés d'actifs, ce qui aurait un impact positif sur la demande nominale (notamment en augmentant la valeur des garanties des emprunteurs). Seul un attentisme excessif et incompréhensible compte tenu de la gravité de la situation économique japonaise semble donc empêcher les autorités monétaires d'agir.
[1] Bernanke, op. cit., 2000.
[2] Bernanke, B. et Gertler, M., Monetary Policy and Asset Price Volatility, Economic Review, Federal Reserve Bank of Kansas City quatrième trimestre 1999 (pour la partie concernant le Japon).
[3] On appelle effet Ricardo le fait que, en cas de baisses d'impôts, les ménages, confrontés à une hausse de la dette publique, anticipent une future hausse des impôts et donc augmentent leur épargne en conséquence. Ceci conduit à un impact nul des baisses d'impôts sur la consommation des ménages.