Profits des enterprises japonaises (hors secteur financier),
Source: Goldman Sachs Economic Research, Japan Strategy Flash, 14 May 2001, p. 3.
Lecture : Le Return on Equity (ROE) des grandes entreprises japonaises non financières est tombé de 8,2% en 1988 à une moyenne de 3,1% entre 1992 et 1999. Selon les estimations de Goldman Sachs, à aucun moment au cours de cette période l'industrie japonaise n'a gagné assez pour couvrir son coût du capital, ce qui signifie que la firme industrielle moyenne a détruit de la valeur pendant une décennie ! A noter toutefois que les firmes nippones étaient déjà structurellement moins rentables que les firmes US avant le dégonflement de la bulle, dans les glorieuses années 1980. Il n'est donc pas question d'attribuer au seul cycle et à la seule crise de déflation l'intégralité du phénomène ; le fait que le capitalisme japonais soit managérial bien plus qu'actionnarial est probablement une source importante de cet écart. De plus, les erreurs d'affectation des investissements publics sont partiellement responsables de la faible rentabilité des investissements privés. Entre la fin des années 80 et le début des années 2000, le Japon n'a pas su allouer les capitaux dans les secteurs qui suscitent une forte croissance de la demande et qui sont donc rentables. Cette incapacité à profiter de la "révolution de l'informatique" pour générer de nouveaux secteurs et services promis à une forte croissance a été soulignée par de nombreux auteurs. Enfin, pour contourner les problèmes de solvabilité, les autorités ont longtemps encouragé les compagnies d'assurance-vie, les banques et leurs keiretsu à multiplier les croisements de participations et de dettes subordonnées entre elles. De cette manière, les pyramides financières se sont étendus, avec pour corollaire un rendement des titres et donc du stock de capital de l'économie toujours plus bas.