Politique monétaire

6. Pour un bilan de l'action des banques centrales G3

6.3. La Banque du Japon ou la croissance bridée

Documents associés - Textes de référence

Les problèmes structurels du Japon


Coville, Thierry (2003), "Le syndrome japonais est-il transmissible aux Etats-Unis et à l’Europe ?", Document de travail du Centre d’Observation Economique, n°65, p. 33


Les difficultés liées aux problèmes structurels de l'appareil productif japonais

Une autre explication de l'inefficacité de la politique monétaire japonaise depuis le début des années 1990 est le fait que les difficultés de l'économie nippone de ces dernières années ne proviennent pas d'une insuffisance de la demande mais de problèmes structurels d'offre. Selon ce courant, les politiques de soutien macro-économique sont même nocives, car elles ne font que "calmer la douleur de la maladie sans s'attaquer aux racines du mal". De ce fait, elles permettent au Japon de supporter un déclin graduel de l'état de son économie.

Asher et Smithers [1] définissent les quatre problèmes structurels de l'économie japonaise : un endettement excessif des secteurs public et privé, des situations de déflation sur les marchés d'actions et immobilier du fait de spécificités structurelles (réglementation excessive du marché immobilier, participations croisées entre firmes, etc.), le montant très élevé des faillites passées et à venir dans les secteurs bancaire, des assurances, et de la construction, le vieillissement de la population et son impact négatif sur les perspectives de croissance potentielle. Face à ces difficultés, les auteurs pensent que la solution passe par des mesures vigoureuses visant à restructurer et libéraliser le système économique et financier. Une vision similaire est présentée par Roubini [2].

Ce dernier estime que les difficultés de l'économie japonaise sont liées au fait que son modèle traditionnel de croissance ne fonctionne plus. L'auteur définit ce modèle traditionnel par un certain nombre de caractéristiques : un système économique privilégiant la cohésion sociale et les objectifs collectifs, un système économique basé sur une concurrence limitée et des structures oligopolistiques, un fort interventionnisme étatique, un système d'emploi à vie, un système d'assurance sociale visant à se prémunir contre le risque, une politique de R&D basée sur l'amélioration du produit et non pas la découverte de nouveaux produits, etc. Or, ce modèle affiche maintenant ses limites face aux évolutions de l'environnement économique mondial (révolution technologique, plus grande concurrence commerciale, dérégulation, restructuration des entreprises).

Si ces travaux mettent bien en évidence un certain nombre de problèmes dont souffre l'économie japonaise, il leur manque des démonstrations quantitatives prouvant que les difficultés proviennent, pour l'essentiel, de ces problèmes structurels. Roubini estime à ce propos que la politique monétaire a été excessivement expansionniste, ce qui ne semble pas correspondre à la réalité.

[1] Asher, D. et Smithers, A., "Japan's Key Challenges for the 21th century : Debt, Deflation, Demography, and Deregulation", SAIS policy forum series, mars 1998.

[2] Roubini, N., "Japan's Economic Crisis", Comments for the Pannel Discussion on "Business Practices and Entrepreneurial Spirit in Japan and the United States", Tokyo, 12 novembre 1996.