Le rôle des mouvements de change comme facteurs d'imprévisibilité (donc d'erreurs de prévision) semble bien confirmé par l'exemple des années 1992-1993, particulièrement pour l'Europe. Le graphique ci-après montre comment ont évolué les prévisions de croissance des grands pays pour 1993 de janvier 1992 à décembre 1993, selon les moyennes établies par la revue Consensus Forecasts à partir des prévisions publiées par les instituts de chacun des pays concernés.
En janvier 1992, une forte similitude des perspectives 1993 était envisagée pour les grands pays européens (RFA, France, Italie, Royaume-Uni) autour d'une croissance de 2,5%. Bref, le pronostic était une reprise générale des pays développés. En août 1992, les perspectives étaient révisées en baisse pour l'Italie et le Royaume-Uni, mais à peu de choses près maintenues pour l'Allemagne et la France. Les indicateurs de conjoncture montrent qu'un recul brutal de l'activité est intervenu en Europe Continentale à l'été 1992 dans lequel la crise du Système Monétaire Européen a certainement joué un rôle majeur. La crise était larvée depuis plusieurs trimestres en raison des divergences d'inflation accumulées. La hausse des taux d'intervention de la Bundesbank en juillet 1992 a probablement joué le rôle d'élément déclencheur. Les économistes n'ont intégré qu'assez lentement le changement de tendance. Fin 1992, la croissance attendue pour 1993 est ramenée au voisinage de 1 point pour l'Italie et le Royaume-Uni (pour ce dernier pays, la prévision est alors trop basse et elle sera ensuite remontée jusqu'à 1,8 point). Pour la France, la prévision moyenne pour 1993 est encore de 1,6% à la fin 1992. C'est pour l'Allemagne que la révision est la plus forte, une croissance quasi nulle pour 1993 étant prévue dès décembre 1992. En dehors du Royaume-Uni, les prévisions de croissance de tous les pays européens pour 1993 seront ensuite révisées en baisse tout au long de l'année 1993.
Les prévisionnistes européens n'ont pas été les seuls à se tromper. Les révisions de la croissance japonaise ont été encore plus fortes que celles de la croissance européenne. Au début 1992, le taux de croissance prévu pour 1993 était voisin de 4%. Il était encore de 2,3% fin 1992, de 1,2% à la mi-1993, puis ramené à - 0,4% fin 1993, estimation bien entendu encore provisoire. Au total, la révision en baisse est de l'ordre de quatre points et demi.
La situation des États-Unis contraste avec celles de l'Europe et du Japon. La croissance prévue début 1992 pour 1993 était de 3,0%, la croissance estimée fin 1993 de 2,5%. La prévision est très proche de la réalisation.
Les prévision successives de croissance pour 1993
Source : Michel Didier (1994), "Méthodes et instruments de la politique budgétaire", Revue française des finances publiques, n° 46, p. 59