Les annales

 

 

Les nouvelles formes d’organisation du travail favorisent-elles la croissance ?

  
France métropolitaine – juin 2008 – enseignement obligatoire

>> Lire l'intégralité du sujet (énoncé et documents)

Thèmes : travail, croissance
Type : dissertation appuyée sur un dossier documentaire

Dossier réalisé par Dominique Szczesny

Analyse du sujet

  • Mots clefs : nouvelles formes d’organisation du travail, croissance
  • Liens entre les notions : il s’agit ici de montrer que le sens est exclusif dans la mesure où les nouvelles  formes d’organisation du travail génèrent des effets sur la croissance économique.  Il faut donc exposer les mécanismes par lesquels les formes d’organisation du travail postérieures au schéma taylorien-fordiste entraînent la progression de la création de richesses mais aussi les effets pervers qu'ils induisent.
  • Hypothèse de travail retenue : les nouvelles formes d’organisation du travail peuvent avoir pour conséquence une progression des richesses créées. Toutefois, elles peuvent aussi produire des effets pervers qui réduisent l’impact de ces nouveaux schémas organisationnels  sur la croissance économique.

  • Hypothèses ne permettant pas de traiter le sujet :
    • hypothèse 2 : après avoir présenté les différences entre les nouvelles formes d’organisation du travail et le taylorisme-fordisme, il s’agira d’étudier leurs effets sur la croissance économique
    • hypothèse 4 : après avoir exposé les différents effets des nouvelles formes d’organisation sur la croissance économique,  il faudra mettre en évidence leurs conséquences sociales

Mobilisation des connaissances de cours pour traiter le sujet

  • croissance économique
  • nouvelles forme d’organisation du travail
  • toyotisme,
  • contrat de travail
  • qualification Division du travail
  • emploi
  • salaire
  • compétitivité prix/produit
  • précarité
  • flexibilité

Mobilisation des savoir-faire pour traiter le sujet

  • Savoir retirer des informations contenues dans un texte en relation avec le plan proposé (par ex. document n°1 : les arguments selon lesquels les nouveaux modes d’organisation du travail tendent à s’inscrire davantage dans les aspirations des nouvelles générations de salariés mais aussi permettent une plus grande adaptation de la production aux exigences de la demande seront à incorporer dans la première partie du devoir ; par contre, les nouvelles contraintes des modes d’organisation du travail actuels mises en lumière dans le document n°3 seront mobilisées dans la deuxième partie de la dissertation)
  • Savoir lire les données chiffrées contenues dans un tableau (par ex. document n°3 : proportion de salariés déclarant subir des contraintes liées au déplacement automatique d’un produit ou d’une pièce)
  • Savoir repérer une tendance à partir de la lecture des données statistiques contenues dans un tableau (par ex. document n°3 : progression globale des contraintes traditionnelles, c'est-à-dire liées à la cadence imposée par les machines mais aussi progression de nouvelles contraintes et notamment celles relatives à la demande immédiate exigeant une réponse immédiate)
  • Mettre en relation des informations contenues dans des documents différents du dossier (par ex. apparition de nouvelles contraintes contenues dans le document n°3 et celles contenues dans le document n°2)
  • Savoir lire les données chiffrées contenues dans un graphique (par ex. document n°6 : progression de 4 % du PIB En France en 2004)
  • Savoir lire une tendance contenue dans un graphique (par ex. 2006 : progression continue des emplois précaires entre 1985 et 2005)
  • Etablir une corrélation entre l’évolution de deux indicateurs (par ex. document n°6 : le lien entre développement de l’emploi et croissance économique se vérifie entre 1985 et 2000 ; il ne se vérifie plus sur la période allant de l’année 2000 à 2005)
  • Repérer une notion du programme et savoir la définir à partir de ses caractéristiques (par ex. document n°5 relatif au toyotisme)

Etude du dossier documentaire

>> Voir les documents

Document n°1 – Pierre Veltz, Le Nouveau Monde Industriel (extrait)

Les générations qui sont arrivées sur le marché du travail dans les années 1980 avaient des aspirations différentes de celles de leurs aînés et disposaient d’un niveau de qualification plus élevé ce qui rendait les anciens modèles d’organisation du travail inadaptés ; en conséquence il a fallu promouvoir de nouveaux modèles.
Les anciens modèles étaient inadaptés à une production qui doit s’inscrire dans le cadre la compétitivité prix mais aussi de plus en plus hors-prix.

Document n°2 – "Enquêtes conditions de travail", DARES, 2000 (tableau)

Le document met en lumière la progression des contraintes traditionnelles pesant sur les salariés alors que de nouvelles formes d’organisation du travail se sont mises en place (par ex. progression de 2,6 points de pourcentage entre 1984 et 1995 de la part des salariés qui déclarent être contraints par la cadence automatique d’une machine).
De plus, de nouvelles contraintes liés aux nouvelles formes d’organisation du travail se sont développées (par ex. + 24,7 points de la proportion de salariés qui déclarent que leur rythme de travail est imposé par une demande extérieure exigeant une réponse immédiate).

Document n°3 – Thomas Coutrot, Critique de l'organisation du travail (extrait)

Le document met en lumière les nouvelles contraintes qui pèsent sur les salariés (par ex. contraintes qui ont pour origine les souhaits des actionnaires ; pratiques managériales développant l’individualisme, intensification du travail en contrepartie de la réduction du temps de travail). Ces arguments seront à relier à ceux figurant dans le document n°2.
Il met aussi en exergue les effets de ces nouvelles formes d’organisations du travail qui peuvent être contre-productifs.

Document n°4 – Motifs de recours et alternatives au travail intérimaire (tableau)

Ce document met en avant les mobiles pour lesquels les entreprises font appel à la flexibilité.
L'argument majeur proposé pour un recours plus important à la flexibilité est la plus grande adaptation aux fluctuations de la production (par ex. 81 % des cas).
Dans l’hypothèse où le recours à de la main d’œuvre précaire n’est pas possible, les entreprises privilégient la flexibilité interne reposant sur les heures supplémentaires (par ex. 38 % des cas) voire externe en faisant appel à la sous-traitance (31 % des cas).

Document n°5 – Pascal Charpentier, "L'influence des « modèles » d'organisation" (extrait)

Dans la décennie 1970, c’est la Suède qui a servi de modèle aux entreprises françaises voulant rompre avec la logique taylorienne-fordiste ; la plus grande autonomie des salariés avait pour objectif de lutter contre la rotation du personnel et satisfaire davantage les aspirations des salariés. Le but principal à atteindre s’inscrivait dans la réduction des coûts et la réalisation d’économies d’échelle.
Dans la décennie 1980, c’est le modèle japonais (le toyotisme) qui a servi de référence ; le but à atteindre s’inscrivait dans le cadre d’une plus grande adaptation de la production à réaliser à la demande et dans celui d’une plus grande qualité  des biens à produire.

Document n°6 – Emplois atypiques et croissance du PIB en France (graphique)

Ce document propose de mettre en relation le développement des emplois précaires et la croissance économique.
Dans un premier temps, on peut mettre en évidence qu’à une progression de l’emploi précaire correspond une accélération de la croissance économique (par ex. période des années 1985-2000 : les emplois précaires ont pratiquement été multipliés par trois alors que la progression à l’année des richesses créées a presque doublé).
En revanche, sur la période récente c'est-à-dire entre 2000 et 2005, les emplois précaires ont continué à progresser de près d’un million alors que l’on assiste à un ralentissement de la croissance puisqu’elle est passée de + 4 % à + 2 %.

Plan détaillé

Introduction

La production repose sur la mobilisation des facteurs de production que sont le capital et le travail. L’accroissement sur le long terme du volume à produire é requiert donc un choix quant à la manière de les mobiliser.
En parallèle, il faut remarquer que si la progression du produit intérieur brut caractérise les économies modernes, il s’avère que le début des années 1970 a marqué un coup d’arrêt à une période  sans précédent dans l’histoire économique des pays développés à économie de marché : les Trente Glorieuses.
Comment alors retrouver le chemin d’une croissance économique forte ? La mise en place de nouveaux modes d’organisations du travail est apparue comme une solution possible.
Il s’agira donc de s’attacher à vérifier en quoi ces nouveaux modes d’organisation du travail peuvent constituer une possibilité de renouer avec la progression soutenue du volume de biens et de services à produire. Mais il ne faudra pas exclure le fait que le développement de la flexibilité et du toyotisme produisent aussi  à des effets pervers quant à l’impact des nouvelles d’organisation du travail sur la croissance économique.

Première partie : les nouveaux modes d’organisation du travail contribuent à l’accroissement des richesses créées

A. En permettant la réduction des coûts et les économies d’échelle

Les modes d’organisation proposés dans les années 1970 et plus particulièrement en Suède ont eu pour objectif la réalisation d’économies d’échelle et la  réduction des coûts (document n°5) contrairement aux modèles basés sur la division du travail qui devenaient contre-productifs car inadaptés aux variations de la demande mais aussi aux aspirations de la main d’œuvre (document n°1).
Ces organisations produisent donc des effets sur la production via la compétitivité-prix.

B. Mais aussi en favorisant une plus grande adaptation de l’offre à la demande

Ces modèles reposent sur la flexibilité : elle peut être interne ou externe (document n°4).
L’objectif à atteindre s’inscrit dans le cadre d’une plus grande adaptabilité de l’offre par rapport à la demande (par ex. cinq zéros dans le modèle toyotiste) ou dans celui de la compétitivité hors-prix (document n°5).
Le développement de la flexibilité externe a permis de soutenir la croissance  économique dans une certaine mesure (document n°6).

Deuxième partie : néanmoins, ces modèles peuvent aussi générer des effets pervers qui tendent à réduire leurs effets productifs

A. Les effets positifs attendus sur la croissance ne se vérifient pas toujours

Le lien entre les nouvelles formes d’organisation du travail et croissance économique est plus difficile à établir sur la période récente : on assiste à une progression de la main d’œuvre précaire pour produire et, en parallèle, on constate un ralentissement de la croissance économique (document n°6).
Ces modèles peuvent s’avérer également contre-productifs (document n°3).

B. De plus, ils sont générateurs de contraintes nouvelles qui elles aussi sont préjudiciables à la croissance

Ces modèles reposent sur un développement très important de l’individualisme qui renforce la pression exercée sur la main d’œuvre (document n°3).
De nouvelles contraintes liées à ces nouveaux modes d’organisation du travail pesant sur la main d’œuvre apparaissent. (document n°2)
Et les anciennes contraintes liées aux modes d’organisation antérieurs n’ont pas non plus disparues (document n°2).

Conclusion

Il s’avère donc que le développement de la flexibilité et du modèle toyotiste ont eu un effet en termes d’accroissement des richesses créées. Cependant, le niveau de la progression de ces richesses demeure modeste par rapport à celui enregistré au lendemain du second conflit mondial. Il faut donc mettre en avant que, même s’ils ont pu permettre au système productif d’être moins rigide et de pouvoir s’adapter aux fluctuations de la demande, les effets pervers produits par ces nouveaux modes d’organisation du travail sont réels. On peut citer les contraintes nouvelles qui pèsent sur le facteur travail et qui se cumulent avec les anciennes.
Pour permettre de faire des gains de productivité supplémentaires, les nouveaux modes d’organisation du travail doivent donc s’accompagner d’un approfondissement du dialogue social au sein de chaque entreprise, et aussi d’un approfondissement des politiques de formation visant à valoriser davantage le capital humain (politiques de formation tout au long de la vie notamment).

Haut de page Haut de page