La globalisation s'accompagne d'une régionalisation de l'économie mondiale, avec d'ailleurs des ambitions et des résultats très différenciés d'une zone à l'autre. L'intégration européenne représente le projet le plus ambitieux, sans équivalent ailleurs. Car l'ALENA est une zone de libre-échange sans visée monétaire ou politique, déjà confrontée au conflit possible entre approfondissement et élargissement, avec son extension probable au-delà du trio actuel États-Unis-Canada-Mexique vers certains "poids lourds" de l'Amérique latine. Le Forum Asie-Pacifique (APEC) est encore moins ambitieux. Il en reste au point () de la coordination internationale, l'échange d'informations entre les pays-membres, et sa composition très large fait qu'il n'ira guère au-delà. Quant à l'Asie, elle montre une très forte interdépendance économique régionale (échanges commerciaux, investissements directs étrangers…), mais rien qui puisse anticiper le lancement, à l'horizon des cinq à dix prochaines années, d'une Union économique et monétaire. La crise asiatique a bien suscité un projet de Fonds monétaire régional, piloté par le Japon, mais l'hostilité du FMI et les divergences entre les partenaires potentiels a ruiné cette initiative. Plus fondamentalement, l'héritage politique des siècles précédents, avec les guerres entre le Japon, la Chine, la Corée… sera encore plus difficile à dépasser que ne l'ont été, pour nous européens, les guerres franco-allemandes. Comme indiqué plus haut, le dollar est la monnaie de l'Asie, non pas le yen, et le soutien politique indispensable à une forme d'UEM asiatique risque de faire défaut longtemps encore.
Contrairement à ce qui est souvent dit, le monde ne s'organise pas en "blocs" étanches les uns vis-à-vis des autres. L'Europe, elle-même, n'a rien d'une "forteresse" contrairement à ce que prétendent parfois certains de ses détracteurs non-européens. La succession des négociations commerciales dans le cadre du GATT, puis désormais de l'OMC, a contribué à contenir les velléités protectionnistes. Je fais ici référence au protectionnisme ouvert, officiel, sans nier la tentation et parfois la réalité du protectionnisme déguisé, hypocrite, qui vient se nicher de temps à autre dans les normes de qualité, d'environnement, etc. L'échec du Sommet de Seatle à la fin de 1999 retarde de nouvelles avancées dans le sens de la libéralisation, mais il ne les renvoie pas aux calendes grecques.
Donc une régionalisation ouverte, comme celle qui s'affirme, et non pas par "blocs", sert la globalisation plus qu'elle ne la conteste. Mais il est clair que le débat sur la délimitation optimale des zones d'intégration, de coordination ou de coopération, selon les degrés observés (la zone monétaire optimale à la Mundell n'étant que l'une des facettes de la question de l'optimum économique et social), est loin d'être refermé.