Sources et limites de la croissance

5. Les NTIC et la croissance

5.3.Les nouvelles technologies et la régulation économique

Documents associés - Textes de référence

Les infrastructures de la nouvelle économie


Boyer, Robert (1995), Formation et emploi dans les nouveaux modèles de production, Paris, OCDE, coll. ''Science Technologie Industrie Revue, N 15", p. p.127-128


Pour être efficaces, les stratégies des entreprises supposent des infrastructures publiques et des règles du jeu qui soient cohérentes avec le système productif en vigueur. A cet égard, l'analyse de la viabilité de ces nouveaux principes fait ressortir la nécessité de politiques publiques, dont certaines s'inscrivent dans la continuité du fordisme (rôle des transports) mais d'autres sont plus nouvelles.

 

  •   Ainsi, si le faible coût et la fiabilité des transports constituent toujours un déterminant de la compétitivité des entreprises, l'importance des échanges d'information entre la clientèle et les entreprises, les donneurs d'ordres et les sous-traitants, appelle un développement des télécommunications, car c'est l'un des piliers du «cercle vertueux» entre étude du marché, production et recherche et développement.

  •   De la même façon, convertir les inventions et les avancées technologiques en processus ou produits rentables suppose une veille permanente concernant l'évolution de la recherche dans les domaines connexes à l'activité de l'entreprise. Dans ces conditions, la proximité des centres de recherche et développement par rapport aux universités et à la recherche fondamentale constitue un atout important : en effet, une entreprise ne peut innover que si elle est capable de suivre les avancées de ses concurrents. De plus, une partie de l'efficacité tient à la maîtrise de certains savoirs tacites qui se transmettent plus facilement dans l'espace d'un district industriel grâce aux relations de confiance dont il est le siège.

  •   Parallèlement, la nécessité d'un élargissement des compétences des opérateurs renouvelle les visées et le contenu de l'apprentissage. D'une part, la maîtrise des outils informatiques suppose des capacités cognitives plus développées, qui dès probablement ne peuvent s'acquérir que grâce à une bonne éducation de base. D'autre part, la formation professionnelle ne peut plus se contenter de préparer des jeunes à un métier précisément délimité sur l'ensemble d'une carrière, puisque elle doit maintenant se répartir aux diverses étapes d'adaptation et de conversion à de nouvelles responsabilités, organisations et technologies.

  • Enfin, l'entreprise peut construire à son niveau des dispositifs stimulant l'adhésion des salariés à ses projets (participation aux décisions, intéressement aux profits, création et renforcement d'une culture d'entreprise, bop ce dont témoignent par exemple les transplants des grandes entreprises japonaises. Encore faut-il que le système des lois d u travail, l'organisation des syndicats, les relations professionnelles et les modes de rémunération qui sont en vigueur permettent de tels dispositifs, mieux encore les encouragent et en assurent la viabilité à long terme.

 


Ainsi, la qualité et la motivation de la main-d'œuvre apparaissent essentielles et marquent une certaine rupture par rapport aux institutions du travail héritées des "trente glorieuses ", c'est-à-dire 30 années d e croissance ininterrompue. E n effet, il faut le rappeler, la mise en œuvre des équipements industriels modernes comme la maîtrise de l'informatique font appel, plus encore que parle passé, aux capacités cognitives des salariés, à leur flexibilité de réponse aux événements imprévisibles, et plus encore à leur potentiel d'apprentissage lorsque change l'environnement. Si dans le fordisme, l'observateur avait parfois l'impression que les machines étaient conçues pour contrôler le travail humain, dans le nouveau modèle, c'est a u contraire la capacité d'initiative des individus qui est au cœur de la continuité des flux productifs et de la qualité (Shimada, 1991).