Stratification sociale et inégalités

1. Les inégalités de revenu et la croissance

1.1. Inégalités des revenus et revenu par habitant

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Les indicateurs d'inégalités : le coefficient de Gini


Morrisson, Christian (1996), La répartition des revenus, Paris, PUF, coll. ''Thémis", p. 89-90


 

Le plus important et le plus usuel (indicateur dérivé de la courbe de Lorenz) est le coefficient de Gini (G). Ce coefficient est dérivé de la courbe de Lorenz puisqu'il est égal au rapport entre S (la superficie comprise entre la diagonale et la courbe de Lorenz) et la moitié de la superficie du carré. Il varie donc entre 0, valeur pour laquelle la courbe de Lorenz se confond avec la diagonale et 1, valeur qui correspond à un revenu nul pour chaque individu, sauf le plus riche qui reçoit la totalité du revenu.

Si la courbe de Lorenz est établie à partir de données individuelles sur les revenus, on a pour n individus :

(où`y : revenu moyen pour la population totale, yi et yj : revenus des individus i et j).

Habituellement, on calcule G à partir de données sur la distribution des revenus en vingtièmes ou en déciles et on trace la courbe de Lorenz, qui est en ce cas une suite de segments, à partir de 19 ou 9 points.

L'expérience montre qu'une information plus détaillée, comme la distribution par centile (ce qui donne 99 points) ne modifie pratiquement pas G. En revanche, des données par quintile ne sont pas suffisantes pour calculer G, notamment si l'on ignore la répartition des revenus du 5e quintile entre les 2 déciles supérieurs (ou les 4 vingtièmes, ce qui est préférable).

 

L'inconvénient du coefficient de Gini est que des courbes de Lorenz très différentes peuvent correspondre à la même valeur de G. On a représenté ainsi sur la figure 19 deux courbes qui se croisent, la courbe 1 reflète une distribution plus défavorable pour les deux premiers quintiles, la courbe 2 une distribution plus favorable pour le 5e quintile. Que ces courbes correspondent à la même valeur de G, ou à des valeurs différentes, il est impossible d'affirmer qu'une distribution est plus inégale que l'autre dès lors que les courbes se croisent. On en a la preuve si l'on calcule l'inégalité pour chaque distribution avec divers indicateurs. Selon que ceux-ci sont plus sensibles aux bas ou aux hauts revenus, ils classeront la distribution 1 avant ou après la distribution 2. Pour pouvoir affirmer qu'une distribution 1 est plus inégale que la distribution 2, quel que soit l'indicateur choisi, il faut qu'il y ait dominance, c'est-à-dire que la courbe 1 englobe en totalité la courbe 2 (cf. fig. 1). Par suite, dans tous les cas où il n'y a pas dominance, il faut compléter le coefficient de Gini par le recours à d'autres indicateurs d'inégalité afin de donner une information plus complète et objective.