La situation du petit pays
Ici, le pays est considéré comme un petit pays, c'est-à-dire qu'il ne peut pas influencer les prix internationaux qui lui sont donnés par le marché mondial. La figure 1 représente l'équilibre sur le marché d'un produit, en fonction de diverses situations possibles : l'autarcie, le libre-échange et la protection douanière.
— En autarcie, la demande domestique est uniquement satisfaite par l'offre nationale (Od), le prix d'équilibre autarcique est alors égal à Pa et les quantités vendues et consommées sont égales à OQa.
— En libre-échange, l'offre mondiale (Om) est représentée par une droite horizontale, dont l'ordonnée représente le prix mondial Pm. A ce prix, l'offre mondiale est infiniment grande par rapport à la demande nationale du petit pays. Au prix Pm, la quantité consommée du produit par les consommateurs nationaux est égale à OQ4, la quantité importée est égale à Q1Q4 et celle produite par les producteurs nationaux est égale à OQ1.
— Si le pays veut réduire les importations, il peut alors appliquer un tarif douanier sur ses importations ; ce tarif peut être ad valorem, il prend la forme d'une taxe représentant un certain pourcentage de la valeur déclarée du produit. Avec Pm le prix mondial du produit avant le tarif, la taxe douanière sera égale à : t . Pm (t étant le taux du tarif, soit un pourcentage du prix), le prix après tarif Pt est ainsi égal à : Pm + t . Pm = Pm (1 + t). Le prix Pt est plus élevé que le prix mondial de libre-échange. A ce nouveau prix, cinq effets sont mis en évidence.
Ces effets sont les suivants :
— Un effet sur la consommation : la consommation domestique du produit baisse de Q3Q4, soit la distance de 3 à 4.
— Un effet sur la production : la production domestique augmente de Q1Q2, soit la distance de 6 à 5.
— Un effet sur les importations : les importations décroissent d'un montant égal à la somme des deux effets précédents, soit Q1Q2 + Q3Q4, tel que le nouveau montant d'importations Q2Q3 = Q1Q4 - (Q1Q2 + Q3Q4) = la distance de 5 à 4.
— Un effet de recette fiscale : le tarif représente un revenu fiscal pour le gouvernement du pays importateur. La valeur de ce revenu est obtenue en multipliant la valeur absolue du tarif par unité de produit et le nombre de quantités importées, soit : t x Q2Q3 = le rectangle c.
— Un effet de redistribution du revenu : dans la mesure où le prix a augmenté, il y a une redistribution des consommateurs vers les producteurs, les premiers "subventionnant" en quelque sorte les seconds. Cette subvention à la production domestique est égale à la différence de prix avant et après tarif, Pt - Pm, multipliée par la quantité OQ2 produite par les producteurs nationaux après tarif, soit la distance (Pm.5).
La subvention totale est égale à la surface délimitée par les points (Pt. 1.5. Pm) ; elle est appelée l'équivalent-subvention du tarif douanier. Si le gouvernement voulait obtenir le même effet sur la production (produire OQ2 au prix Pm et non pas Pt) sans imposer un tarif douanier, c'est ce montant de subvention qu'il devrait verser aux producteurs nationaux.
De la même manière, on peut considérer que les consommateurs sont taxés d'un montant égal au revenu douanier, (c + d). On définit ainsi un équivalent-taxe à la consommation, qui réduit la consommation d'un montant égal à la réduction entraînée par le tarif, et amène un revenu fiscal égal à (Pt. 2.4. Pm), représentant la somme de l'équivalent subvention (Pt. 1.5. Pm) et du revenu tarifaire (1.2.4.5 = surface c + d).
Le tarif a alors le même effet qu'une taxe à la consommation, qui servirait en partie à subventionner les producteurs et en partie à accroître le revenu fiscal de l'État.
Le calcul de la perte sèche du tarif douanier passe par la prise en compte de l'évolution du surplus du consommateur et du surplus du producteur.
Le surplus du consommateur mesure le montant du gain réalisé par celui-ci lorsqu'il achète un produit à un certain prix, par rapport au prix qu'il aurait accepté de payer pour se procurer ce même bien.
Sur la figure 2.(a), si le produit vaut 9 F, le consommateur consomme 11 unités de ce bien, mais à 10 F, il en aurait consommé 10 unités ; il gagne donc un surplus de 1 F sur la dixième unité qu'il acquiert en fait à 9 F. De même, il aurait consommé 9 unités à 11 F ; il gagne donc un surplus de 2 F sur la neuvième unité qu'il acquiert à 9 F, etc.
En généralisant, si P2 est le prix le plus haut associé à la quantité demandée Q2, et P1 le prix le plus bas associé à Q1, le surplus est situé en dessous de la courbe de demande, entre les deux prix. Il est représenté par la surface a. Si le prix baisse, il y a un gain de surplus ; si le prix monte, il y a une perte.
La situation est inverse pour le producteur (figure 2.(b)). Si le prix du marché monte, il peut vendre plus cher des unités de produit qu'il aurait vendu moins cher autrement ; il fait donc un gain de surplus. Si le prix baisse, il vendra moins cher des unités qu'il aurait pu vendre plus cher, et fait alors une perte de surplus. Ce surplus est représenté par la surface b, située au-dessus de la courbe d'offre et délimitée par les deux prix extrêmes.
Sur la figure 1, la perte totale liée au tarif est représentée par la perte du surplus du consommateur, soit l'ensemble de la surface a + b + c + e située au-dessous de la droite de demande. Les gains sont liés à la recette fiscale (surface c), ainsi qu'au gain du surplus des producteurs (surface a).
Les gains d'un tarif douanier ne recouvrent pas les perte. Il y a une perte sèche liée à l'inefficience des producteurs (qui produisent plus sans être plus compétitifs) et au fait que les consommateurs achètent moins et plus cher.
Sur la figure 1, cette perte sèche est égale aux triangles b et e.
La demande nationale d'un grand pays peut influencer le prix mondial dès lors qu'elle représente une partie importante de la demande mondiale. Ainsi, une baisse de la demande nationale engendrée par la mise en place d'un tarif va faire baisser le prix mondial du produit considéré. Celui-ci sera alors importé au nouveau prix mondial, plus bas que le précédent, et sera vendu après tarif douanier à un prix plus élevé sur le marché national. Le tarif va avoir dans ces conditions un effet d'amélioration des termes de l'échange du pays importateur (dans la mesure où le prix international est moins élevé après le tarif qu'avant).
Le gain des termes de l'échange peut même être supérieur à la perte sèche du tarif douanier. La situation globale du pays importateur sera alors meilleure après le tarif qu'avant et certains pays auront tendance à rechercher une sorte de tarif optimal qui maximiserait ce gain net entre termes de l'échange et perte sèche.
Soulignons cependant que le gain des termes de l'échange est acquis par le pays importateur au détriment du pays exportateur, cette redistribution internationale du revenu n'aboutit par conséquent à aucun effet net mondial