Les fondements économiques de l'industrie du luxe

Les fondements éthiques de l'ascétisme religieux


Weber, Max (1994), L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme, Paris, Plon, coll. ''Agora", p. 187-188


Max Weber, sociologue allemand, est le premier à donner une explication spécifique de l'essor du capitalisme à travers le prisme religieux de la Réforme protestante. Dans ce chapitre, il décrit les fondements du puritanisme anglais, dérivé du calvinisme, en recourant à l'étude des écrits de Richard Baxter, pasteur anglais, auteur de An Christian Directory, or a Summ of practical Thelogy and Cases of Conscience (Londres 1677-1678).

"Baxter consacrait l'essentiel de son action à encourager, sur le plan pratique, la vie morale dans l'Eglise. Parmi les pasteurs dont l'Histoire a conservé le nom, il fut l'un de ceux qui connurent le succès le plus grand. Il mit tour à tour ses services à la disposition du gouvernement parlementaire, de Cromwell, puis de la Restauration sous laquelle il abandonna sa charge, avant la Saint-Barthélemy. Son Christian Directory, constamment adapté à l'expérience pratique de son propre pastorat, constitue le résumé le plus complet de la théologie morale puritaine.
(…)
Si nous parcourons Saint's Everlasting Rest, son Christian Directory, ou encore des œuvres similaires d'autres écrivains, nous sommes frappés dès l'abord par les éléments ébionites du Nouveau Testament que mettent en relief des jugements sur la richesse et la façon de l'acquérir. En tant que telle la richesse constitue un danger grave ; ses tentations sont incessantes ; la rechercher est insensé, si l'on considère l'importance suprême du royaume de Dieu, mais avant tout elle est moralement douteuse.
(…)
Ce qui est réellement condamnable du point de vue moral, c'est le repos dans la possession, la jouissance de la richesse et ses conséquences : oisiveté, tentation de la chair, risque surtout de détourner son énergie de la recherche d'une vie "sainte".
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…sur terre, l'homme doit pour assurer son salut, "faire la besogne de Celui qui l'a envoyé, aussi longtemps que dure le jour" [Jean, IX, ]. Ce ni l'oisiveté, ni la jouissance, mais l'activité seule qui sert à accroître la gloire de Dieu, selon les manifestations sans équivoque de sa volonté.

Gaspiller son temps est donc le premier, en principe le plus grave, de tous les pêchés. Notre vie ne dure qu'un moment, infiniment bref et précieux, qui devra "confirmer" notre propre élection. Passer son temps en société, le perdre en vains bavardages, dans le luxe, voire en dormant plus qu'il n'est nécessaire à la santé – six  à huit heures au plus –, est passible d'une condamnation morale absolue. On ne soutient pas encore comme Franklin, que le temps c'est de l'argent, mais au spirituel pareille sentence est pour ainsi dire tenue pour vraie."



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