Etant donné cette baisse générale de l'inégalité parmi les salariés comme parmi les non-salariés, il n'est pas surprenant qu'on observe la même évolution pour le distribution des revenus des ménages (cf. tableau l), Les estimations pour la France concordent avec les moyennes pour, l'Allemagne, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne. Ainsi dans les quatre pays les parts du 10e décile et du 5e quintile ont chuté (-13 à -15 points, -8 à -10 points). Mais les bénéficiaires ne sont pas les ménages relativement pauvres puisque les parts des ler et 2e quintiles sont stables. Les ménages qui ont profité de l'égalisation des revenus sont les groupes intermédiaires (les quintiles 3 et 4 qui ont gagné les 8 à 10 points perdus par le 5c quintile). Il en résulte une baisse importante du coefficient de Gini et surtout de l'indicateur de Theil qui est plus sensible à la part des hauts revenus (or celle du dernier vingtième a chuté presque de moitié). Cette réduction de l'inégalité au bénéfice des groupes intermédiaires, et non des plus pauvres, s'observe dans tous les pays et a été désignée par le terme de trickle-down (percolation) en anglais. Ceci signifie que la réduction de l'inégalité commence par la baisse de la part du dernier vingtième au bénéfice de l'avant-dernier vingtième, puis il s'agit du 10e décile au bénéfice du 9e décile et ensuite du 5e quintile au bénéfice du 4e quintile.
Plusieurs facteurs ont contribué à ce mouvement général et ample de réduction des inégalités dans les pays industrialisés depuis la fin du XIXe siècle. D'abord le développement des enseignements secondaire et supérieur a accru rapidement l'offre de main-d'œuvre. qualifiée, en revanche avec la stagnation démographique (excepté aux États-Unis) et l'exode rural, l'excédent de main-d'œuvre non qualifiée en zone rurale a disparu. Par suite les équilibres sur les deux marchés du travail (non qualifié et qualifié) ont complètement changé: c'est l'offre de main d'œuvre non qualifiée qui est devenue insuffisante par rapport à la demande alors que dans la première phase d'industrialisation, il y avait excès de cette offre par rapport à la demande et le marché du travail qualifié a connu l'évolution inverse. Par ailleurs, comme on l'a vu en conclusion de notre première partie, la part des revenus de la propriété a baissé depuis un siècle. Or la distribution de ces revenus est beaucoup plus concentrée que celle des revenu du travail. Par suite, cette baisse a diminué l'inégalité. Enfin le pourcentage de salariés dans la population active a beaucoup augmenté depuis un siècle. Ceci réduit l'inégalité parce que la dispersion interne des revenus parmi les salariés est plus faible que parmi les non-salariés. Si l'on se réfère à là distribution des revenus disponibles dans les ménages, il faut ajouter un facteur