Politique agricole

1. L'agriculture face au marché

1.3. La menace de mise en culture de nouvelles terres est constante

Documents associés - Textes de référence

Les excédents de terre


MOUNIER, Alain (1992), Les théories de la croissance agricole, Paris, Economica, p. 341,342


La tendance aux "excédents de terre" semble être l'apanage des pays industrialisés depuis près d'un demi siècle. L'agriculture américaine en est l'exemple le plus illustre. La législation de 1933 met en place, en même temps qu'un système de soutien des prix agricoles et comme dispositif de secours dans ce système, le contrôle des superficies cultivées ("land crop diversion program" et plus tard "set aside program"), comme moyen d'éviter la situation de surproduction agricole expérimentée pendant la grande crise de 1929. La responsabilité en est attribuée tout autant aux surcapacités de production agricole qu'à la sous-consommation, dans une explication bien keynésienne. La législation agricole conserve jusqu'en 1985 la marque du contexte de sa naissance : contrôle des capacités de production agricoles par les superficies cultivées, stimulation de la demande par l'aide à la consommation intérieure et à l'exportation quand la conjoncture sur les marchés agricoles sollicitent la mise en application de telles dispositions.

La tendance notoire reste celle de la surproduction de sorte que l'excès de terre vient du déséquilibre sur le marché des produits (...). L'ajustement proposé pour rééquilibrer le marché des produits agricoles est, à côté d'autres mesures souples mises en oeuvre à la discrétion de l'administration agricole américaine, une réduction des capacités de production par la mise hors service de terres cultivées. On aurait tout aussi bien pu préconiser une diminution des rendements qui tout en réduisant l'offre aurait fait faire des économies sur les semences, l'engrais, et l'eau entre autres. C'est la voie difficile des "quotas de production", à laquelle on s'est résolu dans un certain nombre de pays pour certaines branches de production (le lait notamment en Amérique et en Europe fait figure de pionnier en la matière puisqu'on ne pouvait en contrôler la production par les superficies). Les quotas ont l'avantage d'éviter les compensations par l'accroissement des rendements que les agriculteurs, soumis au contrôle des superficies, ont recherchées. La réticence au contrôle des rendements était évidemment liée au principe de la liberté des producteurs, et surtout au principe d'économicité : dans un modèle technique où existaient les économies d'échelle, l'accroissement des rendements était un puissant canal de réduction des coûts de production unitaires. Il faut le reflux de la demande internationale de produits agricoles après 1975 et la profonde crise des agricultures dans les dix années qui vont suivre, pour que le contrôle des superficies soit déconnecté peu à peu du système de soutien des prix. L'acceptation par l'administration Reagan de laisser les prix intérieurs diminuer, et le début de démantèlement de la politique agricole héritée de Roosevelt et de Kennedy, ont provoqué de nombreuses faillites et une chute brutale de la demande de la terre. Les prix du foncier ont alors plongé brutalement. Les mêmes phénomènes sont repérables en Europe après 1975. Déjà en 1969, Vedel proposait en France un gel des terres et Mansholt au niveau européen suggérait la même conduite; après 1984 le mouvement est spontané avec le gonflement des terres en friche. L'abandon des terres agricoles est dû à la crise économique en général et à l'excès du dynamisme des rendements de la terre sur celui de la demande à l'agriculture en particulier. Le système des quotas et la diminution des prix agricoles cependant freinent à moyen terme et long terme ce processus d'abandon.

On doit lier en outre la problématique actuelle de la "conservation de la nature et des paysages", - thématique écologiste qui préconise l'entretien des espaces abandonnés par des "jardiniers de la nature" - à celle des rendements de la terre. Payer en effet des agriculteurs pou qu'ils restent en place sans atteindre le seuil de rentabilité, revient ci fait à accepter une réduction du rendement agricole au niveau national telle que la superficie totale requise pour la satisfaction des besoin, sociaux se rapproche de la superficie disponible totale.