Politique budgétaire

3. Politique budgétaire entre conjoncture et structure

3.2. Le financement de la politique budgétaire est-il neutre?

Documents associés - Textes de référence

Les effets de long terme de la dette sur l'activité économique


Minefi (2000), "Réduire la dette mublique", Projet de loi de finance 2001 - Rapport économique, social et financier, Ministère de l'économie et des finances


Les conséquences économiques de l'endettement public ont fait l'objet d'études, théoriques et empiriques, extrêmement nombreuses. Les débats ont porté notamment sur les conditions qui doivent être remplies afin que la politique budgétaire contribue efficacement à la stabilisation de la conjoncture.

Pour importantes qu'elles soient, ces analyses conjoncturelles ne renseignent pas sur les effets de la dette publique à plus long terme, lorsque l'horizon de l'étude s'allonge et s'étend au-delà d'un cycle économique donné. Une fois dépassé l'horizon du cycle, il est en effet naturel que l'impact de la politique budgétaire sur la demande de biens et services tende à s'estomper.

Si les autorités budgétaires ne mettent pas à profit les périodes de "haut de cycle" pour réduire l'endettement, qui s'était accumulé en période de basse conjoncture, le déficit budgétaire vient alors peser sur la demande des agents privés par des canaux divers : pressions inflationnistes, hausses de taux d'intérêt, voire appréciation du change. Dans certaines circonstances, lorsque la dette publique et le déficit budgétaire sont d'ores et déjà élevés, on ne peut exclure, en outre, que la demande des ménages ne soit affaiblie par la montée d'une épargne de précaution, en prévision de hausses d'impôt futures.

À long terme, c'est donc du côté de l'offre productive et de l'accumulation du capital qu'il faut rechercher les effets de la dette publique. Dès lors qu'elle vient financer des investissements publics[1], voire des baisses d'impôts, dont la contribution au potentiel de production est avérée, la dette publique conserve toute sa légitimité. Si l'endettement sert, au contraire, à financer des dépenses courantes[2] ou des infrastructures à faible rentabilité économique et sociale, il contribue alors à concurrencer et évincer, sans contrepartie productive, les investissements privés. Cet "effet d'éviction" vient affaiblir l'accumulation de capital et la croissance potentielle.

Le choix d'un "bon" niveau de dette publique résulte donc d'un ensemble de considérations complexes, où l'appréciation concrète l'emporte nécessairement sur les a priori théoriques. Plusieurs éléments donnent cependant à penser que la très forte augmentation de la dette publique au cours des vingt-cinq dernières années au sein des pays de l'OCDE, a eu des effets défavorables sur la croissance.

Il n'est pas sûr que l'augmentation rapide de la dette publique se soit accompagnée d'un surcroît important d'investissements publics efficaces ou de dépenses publiques à forte incidence sur la croissance.

Dans l'hypothèse où les déficits publics auront surtout servi à financer des dépenses courantes, il faut alors s'inquiéter des conséquences qu'a pu entraîner la montée de la dette publique sur les taux d'intérêt réels. Plusieurs études récentes suggèrent ainsi qu'elle aurait provoqué des hausses significatives de taux d'intérêt et donc une baisse du stock de capital mondial. Selon ces études (4), l'augmentation de la dette depuis vingt ans a conduit à élever en moyenne de 150 à 450 points de base le taux d'intérêt réel mondial. Elles ont aussi montré que le taux d'intérêt réel d'un pays est influencé à la fois par le niveau d'endettement du pays et par l'évolution de la dette publique mondiale. L'intégration des marchés financiers renforcerait ainsi les interdépendances entre pays : un pays qui accroîtrait lourdement sa dette contribuerait à l'augmentation des taux d'intérêt réels et finalement à l'éviction de l'investissement dans tous les pays. Inversement, la réduction de la dette dans chaque pays serait bénéfique au niveau mondial, ce qui peut renforcer l'intérêt d'une coordination internationale des politiques budgétaire.

 

[1]  L'investissement est entendu ici dans une acceptation plus large que celle de la comptabilité nationale. Des dépenses réputées courantes, telles que les dépenses de formation et d'éducation apportent également leur contribution à la croissance économique.

[2]  Ces dépenses courantes peuvent être des dépenses publiques ou des dépenses privées stimulées par les baisses d'impôts.