Politique agricole

2. Les solutions historiques

2.3. Les pays en développement ne sont pas assez riches pour organiser leur marché

Documents associés - Textes de référence

Les déséquilibres Nord-Sud


BRUNEL, Sylvie (2002), Développement et mondialisation, coll. ''Cahiers français, sept-oct 2002"


En 2002, plus que jamais, les capitaux privés se dirigent exclusivement vers un petit nombre de pays, considérés comme prometteurs en raison de la croissance de leurs marchés internes, alors que l'aide publique au développement atteint péniblement 50 milliards de dollars par an, un montant très faible si on le compare par exemple au volume des subventions accordées par les pays de l'OCDE à leur agriculture, supérieur à 350 milliards de dollars chaque année. Une poignée d'agriculteurs, représentant en moyenne 3% de la population active des pays riches, est encouragée dans une agriculture productiviste (et polluante) qui génère des montagnes d'excédents. Ces excédents sont exportés grâce à des subventions, et, de plus en plus (car les subventions sont contraires aux principes de l'OMC) grâce à des aides directes au revenu agricole, ce qui aboutit à rendre artificiellement bas le cours des produits vendus sur les marchés internationaux. A cause de ces importations en provenance du Nord, face auxquelles elles ne peuvent rivaliser, les paysanneries pauvres, qui représentent toujours en moyenne 60% de la population active du Tiers Monde, voient ainsi leurs débouchés laminés sur les marchés internes, alors que les grandes métropoles du Sud pourraient représenter pour elles un véritable gisement de croissance.

Une vraie coopération entre les pays riches et le Tiers Monde suppose pourtant que le Nord cesse de reprendre d'une main (par ses exportations agricoles subventionnées et son protectionnisme), ce qu'il donne de l'autre aux pays pauvres (par l'aide publique au développement). Ainsi, l'Europe, le continent le plus généreux pourtant en matière d'aide (60% du total mondial), a adopté en 1999 de nouvelles normes concernant les matières grasses incorporables dans le chocolat, qui aboutissent de fait à priver de débouchés les producteurs africains de cacao, tandis que les exportations européennes subventionnées de céréales et de viande en Afrique concurrencent et désorganisent les échanges traditionnels entre le Sahel, zone ancienne d'élevage bovin, et les régions densément urbanisées de la côte occidentale de l'Afrique.