Les degrés d'intensité de la sociabilité par fusion partielle dans le Nous : la Masse, la Communauté et la Communion. – Comme il a été dit précédemment, la fusion partielle dans un "Nous" peut s'effectuer de façon plus ou moins intense et plus ou moins efficace. La fusion peut être très faible et n'affecter que des manifestations superficielles des Moi et des Autrui, qui ne s'interpénètrent qu'en surface, tandis que ce qu'ils ont de plus au moins intime et personnel demeure à part : il s'agit alors de la sociabilité comme Masse. Les Moi et les Autrui peuvent fusionner en s'ouvrant et en s'interpénétrant sur un plan plus intime, et leur participation au Nous peut engager leurs profondeurs personnelles sans toutefois que cette intégration atteigne son maximum d'intensité ; il s'agit alors de la sociabilité comme Communauté. Enfin la fusion et l'intégration dans le Nous accèdent au maximum de leur intensité lorsque les Moi et les Autrui s'entrouvrent et s'interpénètrent jusqu'à la limite du possible et qu'ainsi leurs profondeurs les moins accessibles se trouvent comprises dans la participation à l'ensemble : il s'agit alors de la sociabilité comme Communion.
Ainsi la Masse, la Communauté et la Communion ne sont que trois degrés génériques du Nous. Il est donc très regrettable qu'on les ait jusqu'à présent traités comme des unités collectives réelles (relevant exclusivement de la macrosociologie) ; en fait, elles sont virtuellement immanentes à chaque Nous, et en représentent des modes d'existence à différents instants de leur vie. La Masse, la Communauté et la Communion ne sont que des degrés de la sociabilité par fusion partielle, et partagent avec toutes les manifestations de celle-ci leur caractère microsociologique. On passe de l'un à l'autre de ces trois termes par toute une gamme de termes intermédiaires, ce qui n'empêche pas que ce passage peut être tantôt continu, tantôt discontinu. En outre, le caractère de chacun d'eux varie d'après la coloration mentale prédominante (par exemple émotive, intellectuelle, volitive), d'après leur contenu et selon le degré de leur activité ou de leur passivité, enfin en fonction des groupes et sociétés globales où ils sont intégrés. Cependant, la communauté, représentant le moyen terme générique de la fusion partielle dans un Nous, montre la tendance, dans des conditions sociales normales, à se maintenir avec le plus de facilité en actualité au sein des Nous et, par leur intermédiaire, à l'intérieur des groupes. C'est là sans doute la raison pour laquelle on commet si souvent l'erreur d'identifier la communauté avec certains groupements et plus généralement avec certains ensembles macrosociologiques.