Politique budgétaire

3. Politique budgétaire entre conjoncture et structure

3.1. Economie de la demande ou économie de l'offre?

Documents associés - Textes de référence

Les concepts fondamentaux de l'économie de l'offre


Raboy, David G. (1984), L’économie de l’offre, Paris, Economica, traduit de l’américain par Henri P. Bernard, p. 14-16


L'économie de l'offre est tout simplement l'application de la théorie des prix – ce qu'on appelle l'analyse « micro-économique » – à l'étude des problèmes qui concernent des agrégats économiques – ce qu'on appelle l'analyse "macro-économique". Ses antécédents conceptuels se trouvent dans la pensée des économistes classiques de l'époque moderne, depuis Adam Smith et J.-B. Say jusqu'à Milton Friedman et Gary Becker. Elle ne présente de ce fait aucun ensemble théorique nouveau ; elle consiste plutôt à appliquer les méthodes d'analyse néo-classiques à la politique économique de l'Etat, que celle-ci concerne des problèmes globaux ou ceux qui sont propres à certains groupes.

Effets primaires sur les prix

La caractéristique fondamentale distinctive de l'économie de l'offre est qu'elle définit l'effet initial des actions de l'Etat en termes de variations de prix relatifs (explicites ou implicites) proposés aux ménages et aux entreprises, qu'entraînent ces actions. C'est la réaction de ces entités du secteur privé à ces variations de prix relatifs qui détermine les effets finaux des actions de l'Etat. Ces réactions sont, soit des variations dans l'allocation des ressources productives, soit des revendications sur la production qui peuvent, plus ou moins vite, provoquer des variations du volume total et/ou de la composition de l'activité économique. […] Cette séquence d'effets – les effets sur les prix précèdent les effets sur les revenus – est l'une des prémisses de base de la théorie de l'offre. En termes techniques plus concrets, on dira que l'effet des actions de l'Etat sur les prix relatifs est l'effet du "premier ordre", et que les conséquences des réactions du secteur privé à celui-ci sur le revenu total sont l'effet du "second ordre".

De manière analogue, la théorie de l'offre fait ressortir que les actions de l'Etat affectent d'abord l'allocation des ressources et que l'une des conséquences de cet effet allocatif peut être une variation du niveau de l'activité économique d'ensemble. De même, ce mode d'analyse montre que ces effets allocatifs des mesures budgétaires influencent fortement les conséquences de ces mêmes actions en matière de répartition. […]

Illustration par la fiscalité

Puisque chaque impôt a virtuellement un certain effet d'accise – Il modifie le coût d'une chose par rapport au coût d'autres choses – chaque réduction d'impôt va virtuellement induire une réaction sous la forme d'une variation de la composition des demandes d'emploi des ressources et de leur répartition selon les divers usages possibles. Une réduction d'impôt„ qui réduit le coût d'un effort productif de biens échangeables, comparé à la jouissance de temps libre, provoquera une augmentation de l'offre de services de main-d'oeuvre et, toutes choses égales par ailleurs, un accroissement de la production réelle, du revenu réel, donc de la dépense globale réelle. Ce n'est pas l'effet de la réduction d'impôt sur le déficit qui amène ce résultat, mais ce sont ses effets sur les coûts relatifs du travail et du loisir. De même, une réduction d'impôt qui abaisse le coût de l'épargne par rapport à la consommation provoquera un accroissement de l'offre de services en capital, donc un accroissement de la production, du revenu réel, et de la dépense réelle. Dans l'un et l'autre cas, l'importance de l'effet exercé sur la production et la dépense réelles n'est pas fonction de la grandeur du déficit, mais plutôt de la nature de l'allégement fiscal et de l'importance de son effet sur les coûts relatifs respectifs des efforts et de l'épargne.