La théorie économique ne laisse pas de doutes quant aux avantages potentiels de relations financières globales. (…) Les marchés financiers internationaux permettent aux résidents de différents pays de grouper différents risques, permettant ainsi une assurance plus efficace que ce que pourraient permettre des arrangements purement domestiques. En outre, un pays souffrant d'une récession temporaire ou d'une catastrophe naturelle peut emprunter à l'étranger. Les pays en développement avec peu de capital peuvent emprunter pour financer leurs investissements, et donc promouvoir la croissance économique sans importantes hausses des taux d'épargne. Au niveau global, le marché international du capital conduit l'épargne mondiale vers son emploi le plus productif, quelle que soit sa localisation. Les gains économiques en résultant sont difficiles à quantifier, comme je le discute ci-après, et pourraient prendre forme à travers des mécanismes subtils. Par exemple, les producteurs qui diversifient leurs risques sur les marchés financiers pourrait réaliser des investissements risqués mais à hauts rendements, augmentant par là les taux de croissance économique. Dans ce cas, les gains en termes de bien être peuvent être énormes (…).
L'autre principal rôle positif potentiel des marchés internationaux de capitaux est l'effet discipline exercé sur les décideurs publics, qui pourraient être tentés d'exploiter un marché du capital domestique captif. Des politiques non viables – par exemple, un emprunt gouvernemental excessif ou une réglementation bancaire inadéquate – déclencheraient des flux sortants de capitaux spéculatifs et des taux d'intérêt plus élevés. En théorie, la crainte de ces effets pourrait modifier le comportement du gouvernement vers plus de réserve.
Il est difficile de quantifier les gains que les pays ont réalisés grâce à la mobilité internationale du capital, car une tentative rigoureuse requerrait un modèle complet dans lequel l'hypothèse contre-factuelle de l'absence de mouvements de capitaux pourrait être simulée. L'histoire suggère néanmoins des bénéfices conséquents, notamment pour les petits pays, qui sont le plus à même de profiter de l'échange. La Norvège a emprunté l'équivalent de 14 pour cent du produit intérieur brut dans les années 1970, pour développer ses réserves de pétrole de Mer du Nord. Singapour a connu des taux d'emprunt international à deux chiffres par rapport à son PIB dans les années 1990, déployant une épargne domestique abondante pour financer l'investissement productif réalisé à l'étranger. Des prévisions préliminaires de l'Organisation de Coopération et de Développement Économique montrent un emprunt international pour la Pologne d'environ 6% du PIB pour 1998 et 1999. Des flux d'investissement étranger importants ont nourri un taux de chômage en chute et un taux élevé d'accumulation du capital. Cependant, le risque non négligeable que l'économie polonaise connaisse une surchauffe et succombe à une crise financière, malgré des politiques macroéconomiques domestiques restrictives, illustre un problème sérieux lié à l'accès au marché global du capital (…). Les emprunteurs peuvent se surexposer, déclenchant une panique des investisseurs craignant que les dettes étrangères ne puissent être remboursées à temps.
Étant donnés les avantages d'un marché global du capital, pourquoi le marché était-il aussi fragmenté et limité une génération entière après la fin de la Seconde Guerre ? Il n'en a pas toujours été ainsi. Avant la Première Guerre Mondiale, un marché du capital vibrant et en roue libre reliait les centres financiers en Europe, l'hémisphère occidental, l'Océanie, l'Afrique et l'Extrême Orient. Un lecteur du magazine The Economist du 19ème siècle pouvait suivre les investissements dans les chemins de fer américains, les mines d'or sud-africaines, la dette publique égyptienne, le guano péruvien, et bien plus. Le dépôt d'un câble transatlantique en 1866 a réduit les délais de compensation pour les transactions internationales d'environ dix jours (la durée d'un voyage en vapeur entre Liverpool et New York) à quelques heures seulement (…). L'énorme progrès des communications réalisé durant cette période était peut être plus significatif que tout ce qui a pu être réalisé depuis.
Le marché financier international s'est disloqué pendant la Première Guerre Mondiale, faisant un bref retour entre 1925 et 1931, puis s'est évaporé durant la Grande Dépression. Pendant cette période, les gouvernements un peu partout dans le monde ont aussi limité l'ampleur des marchés financiers domestiques, imposant des réglementations plus strictes et prohibant complètement une myriade d'activités. La Seconde Guerre Mondiale a scellé la fin du marché global du capital. En 1950 encore, les principales économies mondiales n'étaient reliés que par les plus rudimentaires accords commerciaux et financiers, et le plus souvent de façon bilatérale. Cependant, les mouvements de capitaux privés sont revenus dans les années 1960, ont crû rapidement dans les années 1970, puis ont crû de façon plus rapide encore dans les années 1980 (même si le capital global ne concernait pas les pays en développement englués dans la crise de la dette de cette décennie). La tendance mondiale à l'ouverture financière des années 1990 a restauré un degré de mobilité internationale du capital qui n'avait plus été vu depuis le début du [20ème] siècle.