Les objectifs de développement du millénaire sont de réduire la pauvreté monétaire d'ici à 2015 et d'inciter les pays à faire des progrès significatifs dans les domaines de l'éducation, de l'égalité des sexes, des soins de santé ainsi que sur le front de la lutte contre la faim et la dégradation de l'environnement (pour plus d'information sur les ODM, consultez le nouveau site très détaillé de la Banque à http://www.developmentgoals.org). La nouvelle étude montre que, pour les pays les plus démunis, de nombreux objectifs sont hors de portée et que, même dans les pays plus favorisés, il peut y avoir des régions ou d'autres sous-groupes qui accusent un retard important.
L'objectif le plus souvent cité est de réduire de moitié par rapport à 1990 la proportion des habitants de la planète qui vivent avec moins de 1 dollar par jour d'ici à 2015, pour la ramener de une personne sur trois dans le monde en développement à une personne sur six. Le nouveau rapport de la Banque montre que la plupart des régions en développement pourront y parvenir si elles arrivent à porter le taux de croissance du revenu par habitant à une moyenne de 3,6% par an. Ce chiffre représente presque le double du taux enregistré au cours de la dernière décennie, mais l'expérience de certains pays montre que la chose est possible. En Chine, le taux de croissance annuel moyen du PIB a atteint près de 9% dans les années 80 et 90. Le VietNam a affiché un taux de croissance de près de 6% dans les années 90, ce qui lui a permis de faire reculer la pauvreté de près d'un tiers entre 1993 et 1998. Et, en Inde, l'accélération de la croissance au cours de la dernière décennie a permis de réduire de façon substantielle la proportion des indigents.
Tous les objectifs sont importants, mais il faut les considérer globalement, car ils se renforcent mutuellement. L'amélioration des soins de santé de base et de la nutrition permet d'améliorer les résultats au plan de l'apprentissage et de la productivité. Et l'amélioration du niveau d'instruction, en particulier chez les femmes, permet d'améliorer les résultats dans le domaine de la santé. La dégradation de l'environnement entraîne une détérioration des conditions de vie parmi beaucoup de pauvres. Lorsque la pauvreté recule, les populations ont davantage de ressources pour s'instruire et se soigner et pour assainir leur environnement. (…)
Progrès dans la réalisation des Objectifs de développement du millénaire
Le nombre des pays qui pourront atteindre les objectifs de développement du Millénaire dépendra de la mesure dans laquelle il sera possible de soutenir – ou d'accélérer dans les pays retardataires – les progrès enregistrés au cours de la dernière décennie.
L'examen des huit Objectifs de développement du millénaire fait apparaître des résultats mitigés :
1. Éradiquer l'extrême pauvreté et la faim – L'objectif est de réduire de moitié par rapport à 1990 la proportion des habitants qui vivent avec moins de 1 dollar par mois d'ici à 2015, pour la ramener de 29% de la population totale des pays à faible revenu et à revenu intermédiaire à 14,5%. (…)
2. Scolariser tous les enfants d'âge primaire – Il y a eu de modestes améliorations dans toutes les régions au cours de la décennie passée, mais les progrès sont globalement trop faibles pour atteindre l'objectif de scolarisation primaire universelle d'ici à 2015. En 1999, il y avait encore 120 millions d'enfants d'âge primaire qui ne fréquentaient pas l'école, dont 53% de filles et 74% des jeunes d'Asie du Sud et d'Afrique subsaharienne.
3. Promouvoir l'égalité des sexes et donner aux femmes les moyens de se prendre en charge – L'égalité de l'accès à l'éducation est un facteur crucial pour faire progresser la cause de l'égalité des sexes, mais ce n'est pas le seul. Les progrès sont satisfaisants dans certaines régions, mais, même si cet objectif est atteint, l'égalité des sexes ne sera pas réalisée dans tous les domaines. Des différences persistent dans les droits juridiques, les possibilités d'emploi et la faculté de prendre part à la vie publique et aux décisions concernant le développement.
4. Réduire la mortalité infantile – Les améliorations rapides enregistrées sur ce plan avant 1990 ont laissé espérer qu'il serait possible de réduire des deux tiers les taux de mortalité des enfants de moins de cinq ans dans les 25 années qui allaient suivre. Mais les progrès ont ralenti dans presque tous les pays dans les années 90 et, dans certaines parties du continent africain, les taux de mortalité infantile et juvénile ont augmenté. Trente-sept pays en développement seulement progressent assez rapidement pour atteindre l'objectif.
5. Améliorer la santé maternelle – En 1995, plus de 500 000 femmes sont mortes de complications survenues au cours de leur grossesse ou de leur accouchement. La plupart d'entre elles vivaient dans les pays en développement et la moitié en Afrique. Au Rwanda, on a recensé plus de 2 000 décès pour 100 000 naissances vivantes, contre deux pour 100 000 en Grèce. Le manque de données sur les décès maternels empêche de suivre les tendances sur une longue période. L'étude de la Banque souligne qu'une action gouvernementale plus large est souvent nécessaire pour améliorer les politiques qui ont une incidence sur la vie des femmes et les moyens d'intervention du système de santé.
6. Combattre le VIH/SIDA, le paludisme et d'autres maladies – Avec 40 millions de personnes infectées par le VIH/SIDA et 20 millions de morts depuis que la maladie a été identifiée pour la première fois, le sida pose un formidable problème de santé publique et un formidable problème au plan économique et social. Le paludisme est endémique dans plus de 100 pays et territoires et il atteint quelque 300 millions de personnes chaque année. Quant à la tuberculose, c'est la principale cause de décès imputable à un seul agent infectieux dans les pays en développement, et elle gagne rapidement du terrain en Europe de l'Est et en Asie centrale, en Afrique et en Asie du Sud-Est.
7. Préserver la viabilité écologique – L'alimentation en eau salubre est importante pour améliorer la santé, en particulier celle des enfants, mais le rapport note que, dans beaucoup de régions, la proportion de la population qui a accès à une source d'eau améliorée a diminué depuis 1990. La disparition de plus de 900 000 kilomètres carrés de forêts en une décennie montre que l'utilisation des ressources naturelles n'est pas soutenable à terme.
8. Bâtir un partenariat mondial pour le développement – Les éléments du nouveau partenariat, confirmés à la Conférence de Monterrey sur le financement du développement, sont l'adoption de politiques plus volontaristes et d'une bonne gouvernance par les pays en développement, un système commercial mondial plus ouvert et plus équitable, et le déblocage de ressources plus importantes sous forme d'aide et de réduction de la dette pour les pays qui s'efforcent d'atteindre leurs objectifs de développement. (…)
Le point sur les régions
Globalement, la région Asie de l'Est et Pacifique a de bonnes chances d'atteindre les ODM dans les délais voulus. En 1999, elle comptait à peu près 260 millions de personnes vivant avec moins de 1 dollar par jour. Ce chiffre devrait tomber à 59 millions en 2015. Cette région, qui bénéficie d'une croissance vigoureuse et dont le taux d'épargne est aussi le plus élevé de toutes les régions du monde (37% du PIB en 2000), enregistre aussi de bons résultats aux plans de l'égalité des sexes dans les écoles et de la mortalité infantile. Sur le plan sanitaire, les progrès sont plus lents que sur les fronts de l'éducation et de la pauvreté, et des efforts plus importants devront être faits pour atteindre les objectifs. (…)
Dans la région Amérique latine et Caraïbes, le nombre des pauvres devrait tomber de 77 millions en 1999 à 60 millions d'ici à 2015 si le taux de croissance par habitant de 3,6% peut être maintenu. La croissance de ces pays a ralenti depuis les années 80 et le PIB par habitant n'a progressé que de 1,7% par an depuis 1990. Même si c'est une région comparativement riche, elle comprend deux pays très pauvres (Haïti et le Nicaragua) et trois des 10 pays les plus lourdement endettés du (Argentine, Brésil et Mexique), et son économie pâtit d'un taux d'épargne global relativement faible (20% du PIB). Pourtant la région a les moyens d'atteindre un grand nombre des ODM. Les indicateurs sont positifs dans la plupart des catégories, et surtout pour ce qui est de l'égalité des sexes dans les écoles. La région Amérique latine et Caraïbes est la seule du monde où le taux d'alphabétisation est plus élevé pour les filles que pour les garçons. La malnutrition juvénile demeure un problème dans les pays à faible revenu et dans les régions défavorisées de certains pays à revenu intermédiaire.
Bien que la région Moyen-Orient et l'Afrique du Nord n'ait pas réussi à maintenir un rythme de croissance soutenu pendant la dernière décennie, les projections montrent que le nombre des pauvres devrait légèrement diminuer, et passer de sept millions en 1999 à six millions d'ici à 2015, ce qui représente une baisse spectaculaire de la proportion des pauvres dans la population croissante de la région. Si des efforts importants ont été déployés pour améliorer la qualité de vie de la population et en particulier réduire l'écart entre les résultats des garçons et des filles à l'école, l'amélioration continue des indicateurs sociaux, en particulier dans le secteur de la santé, reste un défi à relever.
L'Asie du Sud bénéficie d'une croissance rapide – 5,9% par an depuis 1990 – qui a permis de faire reculer sensiblement la pauvreté. Le dynamisme de l'économie indienne a contribué à pousser vers le haut le taux de croissance moyen de la région dans les années 90. Le Bangladesh et le Sri Lanka ont également enregistré un bon taux de croissance. L'aptitude de la région, et de l'Inde en particulier, à maintenir un taux de croissance moyen de 5-6% par an sera déterminante pour la réalisation des objectifs de réduction de la pauvreté d'ici à 2015. La mortalité des enfants de moins de cinq ans a diminué dans la région depuis 1990, notamment au Bangladesh. Par contre, les progrès sont lents sur le front de la malnutrition. À l'heure actuelle, près de la moitié des enfants de cinq ans souffrent de ce mal. La réapparition de la tuberculose et la menace du VIH/SIDA sont également préoccupantes.
En Afrique subsaharienne, le nombre des pauvres devrait passer de 300 millions en 1999 à 345 millions d'ici à 2015. Pour réduire de moitié la pauvreté d'ici à 2015, il faudrait que les économies africaines progressent à un rythme annuel moyen de 7% (environ 5% par habitant), soit plus du double que les 3,1% enregistrés en 2000. Confrontée à des taux très élevés d'infection par le VIH/SIDA, de paludisme et d'autres maladies, l'Afrique reste très dépendante des exportations de produits de base et elle souffre toujours d'une instabilité politique et économique. Le VIH/SIDA est la principale cause de décès en Afrique, mais le paludisme et la tuberculose posent également de graves problèmes. Ces épidémies représentent une véritable gageure au triple plan sanitaire, économique et social. L'Afrique est la région où le taux d'achèvement des études primaires est le plus faible, mais il est encourageant de noter que certains pays, tels que la Guinée et l'Érythrée par exemple, ont faits des progrès impressionnants après être partis de niveaux très bas.