Source : Eurobaromètre 55.2, Les Européens, la science et la technologie, 2001, p37, 38 ? http://europa.eu.int/comm/public_opinion/archives/eb/ebs_154_fr.pdf
L'attitude la plus fréquente en cette matière est une exigence de choix et une demande d'information : 94,6% des Européens souhaitent avoir le droit de choisir en matière d'aliments génétiquement modifiés. Cette demande ne souffre pas d'exceptions et se situe toujours au niveau le plus élevé au sein des différents sous-groupes qui constituent l'échantillon.
La seconde revendication est celle de l'information : 85,9% des répondants souhaitent "en savoir plus sur ce type d'aliments avant d'en manger". Là aussi, cette opinion est très largement répandue.
Au même niveau d'exigence (85,8%) se situe l'idée d'une preuve scientifique préalable de l'innocuité de ces aliments.
Le refus pur et simple ("je ne veux pas de ce type d'aliments") recueille 70,9% d'accords.
Cette position, bien que très dominante en Europe est cependant sujette à quelques variations.
Ceux qui ont un niveau de connaissances élevé (de 11 à 13) adoptent un peu moins souvent cette opinion, mais la différence est modeste : 65,4% (pour une moyenne de 70,9%).
De même 64,3% des plus jeunes (15-24 ans) choisissent cette attitude de refus absolu contre 74,8% des plus âgés (65 ans et plus). Cette attitude un peu moins hostile des plus jeunes ne tient pas à un niveau de connaissances plus élevé. Elle est en revanche limitée aux jeunes hommes : parmi les 15-24 ans, 60,7% des hommes sont hostiles aux OGM contre 68,1% des femmes.
Comment interpréter cette différence d'attitudes ? Deux hypothèses sont possibles :
- soit il s'agit d'une spécificité de génération qui impliquerait que ceux qui ont aujourd'hui de 15 à 24 ans se sont accoutumés précocement à l'innovation scientifique que représentent les OGM et y sont, pour cette raison, moins hostiles. Si c'était le cas, on pourrait prévoir que ces classes d'âge, en vieillissant, conservent leur spécificité, que les générations suivantes leur ressemblent et que, de ce fait, la crainte des OGM tende à diminuer dans la société.
- soit il s'agit non d'un effet de génération mais d'un phénomène de classe d'âge : les plus jeunes, en raison de leur jeune âge perçoivent moins souvent un risque dans les OGM, mais cette disposition tendra à disparaître à mesure qu'ils vieilliront. Dans cette hypothèse il n'y a pas de raison pour que cet écart d'attitudes entre jeunes et moins jeunes modifie à terme l'attitude globale de la société à l'égard des OGM.
Il n'y a pas, pour l'instant de méthode rigoureuse permettant de choisir sûrement entre ces deux hypothèses. Par définition, pour mesurer un éventuel effet de génération, il faudra attendre une nouvelle vague d'enquête sur le même sujet. Toutefois en matière d'attitude à l'égard du risque, l'hypothèse d'un effet simple de classe d'âge a quelques fondements : toutes les études sociologiques sur la prise de risque et la perception du risque montre que les plus jeunes ont tendance et à sous-estimer le niveau de risque et à prendre effectivement plus de risques pour eux-mêmes (par exemple en matière de conduite automobile ou en ce qui concerne la consommation de drogues de toutes natures). On ne peut donc pas exclure que les différences observées ici tiennent à ce phénomène : les plus jeunes refuseraient un peu plus souvent l'idée de risque associé aux OGM parce que le risque, en règle générale leur paraît moindre, et aussi probablement pour se démarquer symboliquement d'une culture adulte fortement dominée par le thème de la précaution.