Politique monétaire

6. Pour un bilan de l'action des banques centrales G3

6.1. Le bilan de la FED : du doute à la magie et retour, ou vertus et limites de l'activisme monétaire

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Les Etats-Unis et la zone euro suivent (globalement) une « règle de Taylor »


Cherbonnier Frédéric et Pochon Florent, (2004), "Une comparaison du comportement récent de la Réserve Fédérale et de la Banque Centrale Européenne", Analyses économiques, Direction de la Prévision, n°24


disponible sur http://www.finances.gouv.fr/Prevision/dpae/pdf/2004-001-24.pdf

Règles de Taylor avec anticipations d'inflation et d'output gap

1. Etats-Unis

Note : Le taux d'intérêt réel neutre est fixé pour la zone euro et les Etats-Unis à 2,2% et l'inflation cible de 2% (ce qui apparaît comme une simplification hardie puisque la Fed tend plutôt à viser une cible de 3% si l'on se fie aux travaux de Gregory Mankiw pour la politique monétaire des années 1990). Les règles de Taylor T+2, T+4, T+6 sont construites avec des prévisions d'inflation et de croissance ex ante effectuées aux horizons de 2, 4 et 6 trimestres. Les prévisions zone euro sont construites à partir des prévisions agrées de la France, de l'Allemagne, l'Italie et l'Espagne (agrégation des PIB en parité de pouvoir d'achet). L'output gap (qui sert à la construction d'un taux "à la Taylor") désigne l'écart de production, où déficit de la croissance effective par rapport à la croissance potentielle (un output gap important est un signe de capacités inemployées dans l'économie, et modère donc l'inflation). Au total, ces calculs dépendent beaucoup de la valeur estimée de la croissance potentielle (on sait par exemple qu'entre 1992 et 2000 la croissance potentielle est passé d'environ 2% à près de 3,5%) de sorte que la règle de Taylor permet davantage de "post-dire" l'histoire que d'aider le banquier central dans la prise de décision en politique monétaire.
      
Lecture : Les taux courts, pilotés par la Fed, ne se démarquent pas sensiblement de ceux calculé à l'aide d'une règle de Taylor. On n'observe pas de divergence forte de comportement entre la FED et la BCE lors des phases de retournements cycliques. Aux Etats-Unis, la FED a modifié ses taux directeurs avec un délai d'environ 2 trimestres par rapport aux variations de sa cible de Taylor, à la hausse en 1999 comme à la baisse en 2001. La BCE affiche un comportement proche (de 1 à 2 trimestres) sur ces deux mêmes périodes. La Fed apparaît légèrement expansionniste depuis fin 1999, et plus sensiblement depuis le 11 septembre, mais sans excès puisque l'inflation n'est remonté qu'en fin de période et encore modérément et pour des raisons en partie exogènes (remontée du prix du baril, par exemple) : un écart de 100 points de base en moyenne sur 1999-2002, ce n'est pas considérable, surtout pour un banquier central qui vise plus une inflation de 3%/an qu'une inflation de 2%. A noter par ailleurs qu'un mouvement de remontée des fed funds est en cours depuis le 30 juin 2004.

Lecture : Incontestablement, la BCE est plus restrictive que la Fed, mais si l'on écarte les chocs spécifiques que l'économie américaine a pu rencontrer en fin de période il faut bien convenir que l'écart est faible ; sur 2001 et 2002, le taux repo aurait du se situer une trentaine de points de base plus bas si la règle de Taylor avait été appliquée, mais cet écart dépasse pas le "seuil de confiance" de cette règle (dont on a vu plus haut qu'elle dépendait étroitement de variables délicates à estimer comme le taux réel neutre, l'inflation ciblée et surtout la croissance potentielle) et peut largement s'expliquer par l'introduction de l'euro fiduciaire le 1er janvier 2002 (il était probablement délicat de détendre la politique monétaire à un moment où les consommateurs de la zone euro percevaient, à tort ou à raison, une envolée des prix). Au regard des règles ex-ante, il semble que la Fed ait fait preuve d'un activisme à la baisse des taux plus marqué que la BCE, soit qu'elle ait pris en compte certaines variables économiques au-delà de leur seul impact sur la demande et l'inflation (en particulier le prix des actifs).