La Chine vient d’annoncer qu’elle pourrait reprendre un flottement contrôlé de son taux de change. Cette annonce pourrait permettre d’atténuer la virulente querelle opposant Pékin et Washington sur la valeur de la monnaie chinoise, le yuan. Croulant sous les déficits publics et commerciaux, les Etats-Unis accusent la Chine de maintenir sa monnaie à un taux de change sous-évalué par rapport au dollar (point de vue que partagent les Européens).
Depuis 2008, Pékin a fixé la valeur du yuan autour de 6,83 dollars. Auparavant, entre 2005 et 2008, la "monnaie du peuple" (renminbi) évoluait dans une bande délimitée, autour d'un cours pivot fixé quotidiennement par la Banque centrale.
La sous-évaluation du yuan rend les exportations chinoises sur le marché américain particulièrement compétitives ; et, en retour, cela protégerait le marché chinois des importations de biens et de services en provenance des Etats-Unis. Convertible (ce qu'il n'est pas), le yuan prendrait de 20 à 30 % sur les marchés ! Dans une tribune publiée dans le New York Times dimanche 14 mars, le Prix Nobel d'économie Paul Krugman appelle le gouvernement à frapper les produits chinois d'une taxe de 25 % pour « protester contre la politique de taux de change la plus distordue jamais appliquée par une nation industrialisée ».La croissance chinoise a certes été de 8,7 % en 2009 et devrait atteindre 9,5 % en 2010, selon la Banque mondiale. Les exportations de biens « made in China » connaissent un rebond impressionnant (+ 45,7 % en février sur un an). Mais Pékin souligne qu'elles n'ont pas encore retrouvé leur niveau d'avant-crise. Les pouvoirs publics ont à cœur de ménager les entreprises exportatrices qui représentent des dizaines de millions d'emplois.
Thèmes : monnaie et financement, mondialisation
Mise en ligne : 12/04/2010
Dossier réalisé par Emmanuelle Simon-Ledoux
"Taking on China" par Paul Krugman