Sources et limites de la croissance

4. Les facteurs quantitatifs de la croissance

4.1. Les ressources naturelles et la croissance économique

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Le troisième choc pétrolier et la croissance mondiale


Boussemart, Jean-Michel (2005), Le troisième choc pétrolier au regard des deux précédents, Paris, Rexecode, Conjoncture économique et financière, p. 20,24,30-31


Quel que soit le parti pris, il apparaît que l'ampleur du choc actuel n'a plus rien à envier à celle des deux précédents. La différence, et elle est de taille, c'est que cette fois le choc est plus étalé dans le temps et donc moins brutal. C'est peut-être l'une des raisons qui fait qu'il est pour l'instant mieux absorbé.

 

Prix du Brent de la mer du nord

Source : REXECODE
Lecture : L'évolution du prix du Brent dans la mer du nord est donnée en indice. La base est chaque fois choisie au point de départ du choc pétrolier. Pour le choc actuel, deux hypothèses ont été retenues (décembre 2001 et décembre 2003). En absisce est indiqué le nombre de mois nécessaire pour atteindre une augmentation de prix donnée. On observe l'extrême brutalité du choc de 1973, le caractère mieux étalé dans le temps des deux autres chocs

 

Le choc pétrolier va-t-il ralentir la croissance mondiale ?


Dans la mesure où les deux premiers chocs pétroliers ont été suivis après un certain temps de résilience par une récession dans la quasi-totalité des pays développés, en 1974-1975 et en 1980-1981, nous sommes tentés de penser que le choc actuel, bien que moins brutal que les précédents, mais d'une ampleur comparable, va au moins se traduire par un freinage sensible de l'activité mondiale. L'hypothèse se fonde sur l'analyse suivante qui s'appuie sur deux propositions.

 

Facture pétrolière en pourcentage du PIB


1. Le choc pétrolier et plus largement le choc énergétique opère un vaste transfert de ressources entre consommateurs et producteurs d'énergie, entre pays d'une part et à l'intérieur de chaque pays d'autre part. Or, dans ce transfert, il apparaît que la propension à dépenser des pays producteurs est plus faible que celle des pays consommateurs. Il en résulte in fine un ralentissement de la demande globale mondiale. Les consommateurs (ménages et entreprises) dont le revenu disponible se trouve réduit par le renchérissement des prix des produits énergétiques réduisent dans un délai bref leur consommation et leurs investissements. A l'inverse, les producteurs dont les revenus disponibles se trouvent accrus n'accélèrent pas rapidement leurs dépenses à due concurrence parce qu'il leur faut du temps ou parce qu'ils ne pensent pas que les niveaux plus élevés de prix seront durables ou parce qu'ils n'ont pas la taille démographique ou économique suffisante. Leurs capacités d'absorption sont limitées.

2. Le choc pétrolier et plus largement énergétique, recèle un potentiel inflationniste qui va au-delà de l'impact premier de la hausse des prix de l'énergie. Les prix des autres biens ne peuvent qu'être contaminés et in fine un risque d'accélération de l'inflation salariale ne peut que pousser les banques centrales à durcir leurs taux directeurs. Le mouvement de prix relatif affectant les produits énergétiques ne peut manquer d'avoir une incidence directe puis indirecte sur le niveau général des prix. Ces deux propositions ont été expérimentalement validées dans les deux chocs pétroliers passés : 1974-1975 et 1980-1981 et elles demeurent justes aujourd'hui. Elles doivent toutefois être largement amendées. Au-delà du double fait que le choc actuel est moins brutal car plus étalé dans le temps et qu'il intervient dans des économies non inflationnistes comme dans le passé, ce choc se produit dans une économie mondiale dont les contours n'ont plus rien à voir avec ceux qui étaient les siens au début des années et à la fin des années soixante-dix. C'est la raison fondamentale pour laquelle il n'aurait pas cette fois les mêmes effets inflationnistes et in fine récessionnistes des deux chocs précédents.

A l'époque des deux premiers chocs pétroliers, la participation des pays émergents d'Asie et d'Amérique latine à l'activité mondiale était marginale. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. Il en est était de même pour les anciens pays socialistes de l'Europe de l'Est. La montée en puissance de ces économies dans l'économie mondiale, notamment la Chine, est un facteur entretenant le dynamisme de l'activité mondiale, permettant de mieux digérer le choc.

D'une part, certaines économies émergentes productrices d'énergie et à forte capacité d'absorption profitent pleinement de la manne pétrolière et gazière pour renforcer leur croissance en assainissant par ailleurs leurs déséquilibres financiers extérieurs. Ainsi en est-il par exemple de la Russie, du Mexique, de l'Argentine, de la Malaisie etc. Ces pays contribuent actuellement à stimuler le commerce international de produits manufacturés, ce qui n'était pas le cas antérieurement en 1973-1974 et 1979-1980. D'autre part, même si le renchérissement des prix de l'énergie les affecte, et même parfois lourdement, celui-ci n'empêche pas des économies émergentes comme la Chine et l'Inde de poursuivre leur rattrapage continuant de profiter de coûts de main d'œuvre très bas et de gains de productivité élevés leur permettant d'élargir leurs parts de marché à l'exportation et de peser par ailleurs sur l'inflation dans les pays industrialisés. Ces pays contribuent à entretenir le dynamisme de l'activité mondiale et à limiter, sinon empêcher, dans les pays développés tout effet d'entraînement sur les autres prix.

A cela s'ajoute le fait que le choc actuel par rapport aux deux précédents s'opère dans une économie mondiale globalement financiarisée dans laquelle le recyclage des "pétro-dollars" s'effectue bien mieux que dans le passé. Le financement des balances courantes déstabilisées par la hausse des prix du brut s'en trouve facilité, ce qui contribue aussi à prolonger la dynamique de l'activité en évitant des mesures brutales de rééquilibrage. Enfin, dans les pays développés, les mécanismes d'indexation des salaires sur les prix ont disparu, la mondialisation des affaires exerçant par ailleurs une force déflationniste sur les coûts de main d'œuvre.

En conclusion, le choc énergétique actuel est rude. Il est moins brutal que les précédents mais son ampleur est comparable. Il frappe une économie mondiale dynamique qui paraît être en état de le digérer probablement au prix d'un ralentissement plutôt modéré de la croissance. Pour l'instant, en tout cas, la croissance mondiale n'a pas faibli et dans la mesure où l'inflation restera maîtrisée dans les pays développés, les banques centrales ne devront pas durcir drastiquement leur politique monétaire pour casser l'expansion. Un vaste transfert de ressources s'opère dans le monde entre consommateurs et producteurs d'énergie qui ne peut pas ne pas avoir d'incidence sur les allocations stratégiques d'actifs dans les portefeuilles. Enfin le renchérissement des coûts de l'énergie ne doit pas occulter les forces profondes qui restent à l'œuvre dans l'économie mondiale, liées à la volonté de pays à forte population de continuer à se développer.