Sources et limites de la croissance

3. Productivité et croissance

3.2. Les sources de croissance intensive

Documents associés - Illlustrations

Le travail de pelletage à la Bethlehem Steel


Taylor, Frédéric W. (1911), La direction scientifique des entreprises, Paris, Dunod (1957), p. 120-122 et 130


Dans cette usine, on manutentionnait surtout du minerai de fer et ensuite du coke. Or, les pelleteurs prenaient des charges unitaires très diverses depuis 1 kg 3/4 de coke, jusqu'à 19 kg de minerai. Quelle était la charge convenable de la pelle ? Ils ne pouvaient pas tous avoir raison. Quand on applique les principes de direction scientifique, on ne donne pas à cette question une réponse basée sur l'opinion. On procède à une enquête exacte, soigneuse, scientifique.

Dans l'ancien système, vous auriez appelé un ouvrier particulièrement qualifié et vous auriez dit : Hé ! Pat, quel est le poids de matières qui constitue une pelletée ? Si deux ou trois autres ouvriers avaient été d'accord sur ce poids, vous auriez affirmé que c'était le poids convenable et vous vous en seriez tenu là. Mais, dans le système de direction scientifique, chaque élément du travail accompli par chacun des ouvriers de votre entreprise fait l'objet un jour ou l'autre d'une enquête exacte, précise et scientifique et la connaissance remplace les opinions : "Je crois que" ou "j'estime que". Chaque mouvement, chaque petit fait devient l'objet d'une telle enquête. (...)

Je me souviens que nous commençâmes par étudier la manutention d'une matière très dense, travail qui entraînait le déplacement d'une pelletée également très lourde. Nous commençâmes par utiliser un type de pelle déterminé. Nous envoyâmes nos deux ouvriers dans différentes parties du chantier, chacun suivi par l'homme chargé de les observer et leur fimes exécuter un travail de même nature. Nous veillâmes à ce que les conditions de travail soient identiques afin de nous assurer qu'il n'y ait pas d'erreurs clans les appréciations portées par les observateurs et de vérifier qu'effectivement les ouvriers étaient convenablement qualifiés.

Le nombre de pelletées que chaque ouvrier manutentionna au cours de la journée fut compté et enregistré. A la fin de la journée, la quantité de matière déplacée par chaque ouvrier fut pesée et ce poids fut divisé par le nombre de pelletées. Si je me souviens bien, nous constatâmes que la charge moyenne d'une pelle était de 19 kg, et qu'avec cette pelletée, l'ouvrier déplaçait disons 25 tonnes par jour. Nous coupâmes alors la pelle de façon à la rendre plus courte, la charge étant ainsi approximativement de 17 kg. Dans ces conditions, au lieu de manutentionner 25 tonnes, ils déplacèrent 30 tonnes par jour. Ces chiffres n'ont pas une valeur absolue. Ils sont simplement indiqués pour expliquer la façon dont fut conduite l'étude. Nous coupâmes encore la pelle, de façon à ce que la charge soit approximativement de 15 kg et nous renouvelâmes l'opération jusqu'à ce que nous constatâmes que le tonnage le plus important manutentionné par jour correspondait à une pelletée de 10 à 11 kg. Au-dessous de cette charge, le tonnage commençait à diminuer. Ainsi, nous avions établi d'une façon scientifique qu'un ouvrier bien adapté à son travail, un pelleteur qualifié, pouvait réaliser la meilleure journée de travail en déplaçant des pelletées de 10 kg.

Les résultats pour la troisième année de travail suivant ces méthodes

Pour calculer le coût de 0,033 à la tonne, nous avons tenu compte des dépenses de bureau, de magasin et des salaires de tous les chefs d'ateliers, contremaîtres, employés, agents d'étude des temps, etc.

Pendant cette année, les économies totales dues aux nouvelles méthodes par rapport à l'ancien système s'élevèrent à 36 417,70 dollars et pendant les six mois suivants, quand tout le travail de la cour fut exécuté, avec fixation des tâches l'économie annuelle fut de l'ordre de 75 à 80.000 dollars.