Internationalisation des échanges et mondialisation

1. Libre-échange, protectionnisme et croissance

1.1. Les mécanismes du libre-échange et de la croissance économique

Documents associés - Textes de référence

Le(s) lien(s) entre ouverture économique et croissance : une vision moderne


Wacziarg, R. (2001), "Measuring the dynamic gains from trade", The World Bank Economic Review, vol. 15, n° 3, p. 395-398


L'hypothèse sous-jacente est que six liens permettent d'évaluer de façon adéquate l'impact de la politique commerciale sur la croissance économique. Ces liens sont classés de façon grossière entre les canaux de transmission relatifs à la politique gouvernementale, à l'allocation et la distribution domestique, et à la technologie.

LA POLITIQUE GOUVERNEMENTALE. L'ouverture au commerce peut inciter les décideurs à poursuivre des politiques macroéconomiques vertueuses, soit à cause de la crainte d'une fuite des capitaux, ou parce que des accords internationaux, implicites ou explicites, créent un mécanisme de contrôle sur la politique. La préservation d'un environnement concurrentiel pour les firmes domestiques engagées dans des transactions avec l'étranger peut aussi requérir des politiques favorisant la stabilité macroéconomique. A son tour, la stabilité macroéconomique affectera probablement la croissance en réduisant l'incertitude sur les prix et en modérant les niveaux des déficit et dette publics, réduisant par là l'effet d'éviction et la probabilité de futures hausses des impôts, accroissant encore la capacité des firmes domestiques à concourir sur les marchés internationaux.

Une autre façon de capturer les effets de l'ouverture commerciale sur la politique gouvernementale est de considérer l'impact sur la taille du gouvernement. Si des économies plus ouvertes sont sujettes à des chocs exogènes d'offre et de demande plus importants, un gouvernement plus grand sera mieux en mesure de fournir une assurance ou un lissage de la consommation à travers la redistribution ou d'autres formes de programmes sociaux. D'un autre côté, des économies ouvertes pourraient tendre vers les arguments du laissez-faire et une imposition plus limitée pour préserver la compétitivité et l'attractivité de l'économie pour les investisseurs étrangers. L'impact de la politique d'ouverture commerciale sur la taille du gouvernement, mesurée par la consommation publique de biens et services, est donc théoriquement ambigu. D'un autre côté, la théorie montre qu'existe une taille gouvernementale maximisant la croissance, résultante d'un arbitrage entre la fonction productive des activités publiques et la nature distordante de l'imposition. En outre, [certaines études] montrent l'impact négatif d'un gouvernement étendu sur la croissance dans un échantillon de pays.

ALLOCATION ET DISTRIBUTION. Les économies ouvertes sont moins susceptibles d'avoir des prix des biens échangeables différant substantiellement des prix mondiaux parce que le libre-échange devrait faciliter la convergence des prix des biens échangés entre pays. Des économies ouvertes vont également tendre à se spécialiser en fonction de leur avantage comparatif (…). Ainsi, la théorie indique que des économies ouvertes devraient connaître un degré plus faible de distorsion des prix, et il a été montré que les distorsions de prix affectent négativement l'accumulation des facteurs et la croissance.

L'accumulation des facteurs peut aussi se révéler cruciale. Bien des effets de la politique commerciale sur la croissance pourraient transiter par le taux d'investissement domestique, qui est, de façon quasi-tautologique, un déterminant de la croissance économique. Le canal de l'investissement peut capturer plusieurs théories. D'abord, l'investissement pourrait répondre à l'ouverture par un effet de taille de marché. Comme Adam Smith l'a souligné le premier, la taille du marché impose une contrainte sur la division du travail, et les pays plus ouverts seraient mieux en mesure d'exploiter les économies d'échelle. La libéralisation commerciale pourrait alors fournir le type d'effet de décollage (big push effect) qui, selon certains auteurs, serait requis pour que les pays les moins développés passent d'un équilibre à faible croissance vers un sentier d'industrialisation soutenue. (…)

Ensuite, la libéralisation commerciale pourrait simplement permettre aux agents domestiques d'importer des biens capitaux non disponibles précédemment (ou produits localement mais à des coûts élevés), ce qui ôte une contrainte structurelle sur l'investissement. L'importation de biens capitaux, qui représentent une part importante de la plupart des pays ayant libéralisé récemment leurs économies, intègre également des technologies récentes, autre source de croissance. (…)

LES TRANSFERTS DE TECHNOLOGIE. Les deux derniers canaux de transmission sont issus de la littérature récente sur la croissance endogène : si des transferts de savoirs sont une source de croissance soutenue à long terme, et si les économies les plus ouvertes sont plus exposées à un stock mondial de connaissance permettant d'améliorer la productivité, alors l'ouverture commerciale peut affecter la croissance et la convergence, via des transferts de technologie.

Une des voies par lesquelles l'ouverture peut augmenter l'exposition de l'économie domestique aux transferts de technologie est en facilitant, par le biais d'interactions commerciales internationales plus fréquentes et soutenues, l'imitation par les producteurs domestiques des technologies étrangères et par l'incorporation de ces connaissances dans leur propre procès productifs. Cette exposition accrue peut provenir de l'importation directe de biens de haute technologie ou d'une interaction supérieure avec les sources de l'innovation (à travers une plus grande communication internationale et une mobilité accrue, induites par l'intégration économique). Ceci devrait se traduire par une plus grande capacité à concurrencer les économies les plus avancées sur les marchés mondiaux. Une telle évolution a certainement formé une partie du miracle de la croissance Est-asiatique, caractérisée par d'importantes transformations dans la composition des biens produits et exportés, de l'agriculture à l'industrie lourde et finalement aux biens de haute-technologie, à travers l'imitation de la technologie née dans les pays industrialisés.

Un second canal de transmission accrue de technologie est l'investissement direct étranger (IDE), qu'il soit associé à des joint-ventures ou non. L'IDE transmet souvent des types avancés de technologie, soit via l'importation de biens capitaux qui sont plus tard imités, ou par la diffusion des connaissances et de l'expertise. Cela étant, il n'est pas clair a priori que l'ouverture commerciale soit associée à des niveaux supérieurs d'IDE. L'IDE pourrait agir comme un substitut au commerce, l'investissement étranger étant utilisé pour mettre en place des unités qui produisent des biens qui ne peuvent être importés à cause de restrictions commerciales (ce que l'on appelle du tariff-hopping). Ou alors les investisseurs pourraient voir l'ouverture au commerce comme un signal qu'un pays s'engage à des politiques en faveur des marchés et de la stabilité, alors que l'ouverture au commerce leur permet d'importer des biens intermédiaires requis pour initier des projets, de rapatrier une partie des profits, et d'exporter les biens qu'ils produisent. Des coûts de transport en chute pourraient aussi permettre un "saucissonnage" de la chaîne de la valeur ajoutée, tel que les firmes peuvent produire un biens en plusieurs étapes à plusieurs endroits, ajoutant à chaque fois un peu plus de valeur. Dans ce cas, l'IDE va agir comme un complément plutôt que comme un substitut à l'ouverture commerciale. De fait, les preuves empiriques suggèrent que les économies ouvertes attirent plus d'IDE que des économies fermées.

A son tour, l'IDE peut stimuler la croissance. Comme la part d'IDE dans le PIB est généralement faible (en moyenne, 1 pour cent), il est difficile d'arguer que l'IDE pourrait stimuler la croissance par le biais de la formation de capital physique. S'il y a un effet dynamique significatif de l'IDE, il capture bien plutôt l'incidence d'un certain type de transfert de technologie (…).