Malgré la crise financière qui continue de terrasser une grande partie de l'Asie, les quatre premiers , dragons de la région - la Corée, Hong-Kong (Chine), Singapour et Taiwan (Chine) - restent une bonne illustration des possibilités de croissance rapide. À bien des égards, toute la question est de savoir s'ils y sont parvenus en recourant intensivement et massivement au capital et au travail, ou en faisant appel au savoir.
Selon plusieurs économistes, la croissance de la plupart des pays d'Asie de l'Est peut "entièrement s'expliquer" par une utilisation accrue des facteurs de production classiques. D'une part, un taux d'épargne élevé a considérablement accru l'accumulation de capital physique et, d'autre part, des investissements importants dans l'éducation ont fortement renforcé le capital humain. Vu sous cet angle, on ne peut pas parler de miracle.
Ce point de vue donne toutefois prise à plusieurs critiques :
- Le taux d'épargne est certes demeuré élevé, mais l'épargne a aussi été investie de façon efficace. Dans d 'autres pays - ceux à économie planifiée, par exemple - ce taux est également resté élevé, mais la croissance n'a jamais atteint les niveaux de l'Asie de l'Est car l'investissement a manqué d'efficacité.
- L'approche retenue pour mesurer l'accroissement du capital et du travail ne distingue pas le qualitatif du quantitatif. En d'autres termes, si les entreprises s'attachaient à rattraper leur retard sur le plan du savoir en investissant dans la formation du personnel et le renouvellement des équipements ou en achetant le droit d'exploiter des technologies importées, cet effort n'apparaîtrait pas, au moins à court terme, en tant que contribution à l'accroissement de la productivité totale.
- Le patrimoine cognitif a pu se développer aussi vite que les investissements. S'il n'y avait pas eu d'avancée dans ce domaine, les rendements auraient décru et les taux d'épargne et d'investissement auraient diminué. D'autres économistes ont d'ailleurs constaté que lorsque l'effet de l'accroissement de la PTF sur l'accumulation du capital est pris en compte, la part de cet élément dans la croissance est sensiblement plus grande.
- Enfin, dernier point, mais tout aussi important, les calculs de la PTF sont extrêmement sensibles à la manière de mesurer l'accroissement du capital et du travail et aux coefficients de pondération retenus pour le faire. Dans des conditions idéales (concurrence parfaite, par exemple), la part observée des facteurs dans le PIB correspond à leur juste poids relatif ; mais ce n'est pas forcément le cas en situation de concurrence imparfaite. Par exemple, lorsque l'État intervient directement sur le marché du travail pour contenir les salaires (ce qui s'est peut-être produit à Singapour), la part observée du travail dans le PIB risque d'être trop faible et c'est celle du capital beaucoup trop grande. Cette distorsion, combinée à une accumulation du capital plus rapide que celle du travail (comme c'est le cas en Asie de l'Est), aurait pour effet de sous-estimer le rôle de l'accroissement de la PT