Sources et limites de la croissance

3. Productivité et croissance

3.2. Les sources de croissance intensive

Documents associés - Textes de référence

Le rôle de l'encadrement dans la découverte de la méthode de travail efficace


Taylor, Frédéric W. (1911), La direction scientifique des entreprises, Paris, Dunod (1957), p. 31-32


LES MÉTHODES DE TRAVAIL SONT SOUVENT INEFFICACES PARCE QUE LES PATRONS N'AIDENT PAS LEURS OUVRIERS ET, N'AYANT PAS ÉTUDIÉ CES MÉTHODES DE TRAVAIL, NE PEUVENT PAS LES INSTRUIRE ET LES ENTRAINER. QUAND UNE TELLE COOPÉRATION S'ÉTABLIRA, LES RÉSULTATS SERONT IMPRESSIONNANTS.

Parmi les méthodes variées et ces outils divers employés pour accomplir chaque élément de travail, il existe toujours une méthode et un outil qui permettent un travail plus rapide et meilleur que tous les autres. Cette seule meilleure méthode et ce seul meilleur outil ne peuvent être découverts et mis au point qu'après une étude scientifique et une analyse de toutes les méthodes et de tous les outils en usage et par une étude exacte et précise des mouvements et des temps. Ceci suppose que l'on remplace les méthodes empiriques par des méthodes scientifiques dans toute l'industrie.

L'auteur considère comme un principe général que dans presque toutes les applications industrielles de la mécanique, la science qui explique et gouverne tous les actes de chaque ouvrier est d'une nature si élevée et demande de telles études que l'ouvrier qui est le plus qualifié pour faire pratiquement le travail est incapable de comprendre cette science dans son métier, sans l'aide et les conseils de ceux qui travaillent avec lui ou avant lui, que ce soit en raison d'une instruction insuffisante ou par manque de capacités intellectuelles. Pour que le travail puisse être accompli en respectant des lois scientifiques, il est nécessaire qu'il existe une répartition de la responsabilité du travail entre la direction et les ouvriers plus équitable que celle que nous constatons dans les modes courants de direction. Les membres de la direction qui ont pour tâche de créer et de faire progresser cette science doivent aussi guider et aider les ouvriers à l'appliquer ; par conséquent il leur faut prendre en charge, eux et les autres membres de la direction, une plus grande part dé responsabilités, en ce qui concerne l'exécution du travail, que dans les modes actuels de commandement.

Pour travailler en respectant des lois scientifiques, la direction doit prendre en charge et accomplir une grande partie du travail qui est actuellement laissé aux ouvriers ; presque chaque acte d'un ouvrier doit être précédé par un ou plusieurs actes préparatoires de la direction qui permette à l'ouvrier d'accomplir son travail mieux et plus rapidement qu'il ne pourrait le faire autrement. Ainsi chaque ouvrier doit être instruit chaque jour et recevoir une aide amicale de ceux qui sont au-dessus de lui au lieu d'être, comme dans les systèmes anciens, commandé brutalement par ses chefs ou laissé, sans conseils, livré à sa propre initiative.

Cette coopération étroite, intime, personnelle entre la direction et les ouvriers est l'essence du système moderne de direction scientifique.

Nous montrerons, par une série d'exemples pratiques que, grâce à cette coopération amicale, c'est-à-dire en partageant également le fardeau de chaque jour, tous les grands obstacles que nous avons décrits dans les pages précédentes et qui s'opposent à l'obtention du rendement optimum par chaque ouvrier et par chaque machine seront écartés. L'augmentation de salaire de 30 à 100% que les ouvriers ont la possibilité de recevoir en plus de leur salaire moyen dans l'ancien mode de direction, quand ils sont associés au travail, coude à coude avec la direction, supprime entièrement les causes de la flânerie. En quelques années, dans ce système, les ouvriers ont devant eux la preuve pratique de ce qu'une grande augmentation de production par ouvrier entraîne la création d'emplois pour un plus grand nombre d'ouvriers, au lieu d'en mettre au chômage, ce qui déracine complètement le préjugé du chômage découlant de l'augmentation de la production par ouvrier.