Politique budgétaire

1. Fondements et mécanismes de la politique budgétaire

1.4. Les modalités de la politique budgétaire

Documents associés - Textes de référence

Le principe du multiplicateur d'investissement


Keynes, John Maynard (1936), Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie, (1942), Paris, Payot, p. 129-148, extraits, Livre III, Chapitre X

Disponible sur le site "Les classiques des sciences sociales"



En des circonstances données, un rapport défini, qui sera appelé Multiplicateur, peut être établi entre le revenu et l'investissement, et, sous le bénéfice de certaines simplifications, entre l'emploi total et l'emploi directement affecté à l'investissement (que nous appellerons l'emploi primaire […] La propension à consommer étant donnée, elle établit un rapport précis entre le flux d'investissement et les volumes globaux de l'emploi et du revenu. C'est M. R. F. Kahn dans un article intitulé : "La relation entre l'investissement Intérieur et le Chômage" (Economic Journal, juin 1931) qui, le premier, a introduit la conception du multiplicateur dans la théorie économique. Dans cet article, son raisonnement repose sur l'idée fondamentale suivante : si la propension à consommer dans les diverses circonstances imaginables (ainsi que quelques autres conditions) est prise comme donnée et si l'on suppose que l'autorité monétaire ou une autre autorité publique prenne des mesures en vue de favoriser ou de contrarier l'investissement, la variation du volume de l'emploi sera une fonction de la variation nette du montant de l'investissement ; et M. Kahn cherchait à établir les principes généraux qui permettent d'évaluer le rapport quantitatif existant dans la réalité entre une augmentation de l'investisse nient net et l'augmentation de l'emploi global qui l'accompagne. Toutefois, avant d'en venir au multiplicateur, il convient d'introduire la notion de propension marginale à consommer. […]

Notre loi psychologique normale, qui veut qu'en cas de variation sdu revenu réel de la communauté, la consommation varie dans le même sens, mais dans une proportion moindre, peut être transposée - avec une exactitude qui, à la vérité, n'est pas absolue, mais qui n'est subordonnée qu'à des réserves évidentes - et intégralement exprimée à l'aide des propositions suivantes : δCs et δRs ont le même signe, mais δRs > δCs, Cs représentant la consommation mesurée en unités de salaire. [...] Nous prendrons donc δCs/δRs comme définition de la propension marginale à consommer.

Cette quantité es d'une importance considérable, parce qu'elle nous indique comment le prochain accroissement de production se partagera entr ela consommation et l'investissement. Car δRs = δCs + δIs, où δCs et δIs sont les accroissements de la consommation et de l'investissement ; par suite, on peut écrire δRs = kδIs où 1 - 1/k représente la propension marginale à consommer.

Nous appellerons k le multiplicateur d'investissement. Il nous indique que, lorsqu'un accroissement de l'investissement global se produit, le revenu augmente d'un montant égal à k fois l'accroissement de l'investissement. [...]

 Un accroissement de l'investissement mesuré en unités de salaire ne peut se produire sans que le public consente à accroître ses épargnes mesurées en unités de salaire. En règle générale, le public n'y consentira que si son revenu global mesuré en unités de salaire croît. Son effort pour consommer une partie de ses revenus supplémentaires stimulera la production jusqu'à ce que le nouveau montant et la nouvelle répartition des revenus laissent une marge d'épargne assez grande pour balancer l'accroissement de l'investissement. Le multiplicateur indique de combien il faut que l'emploi du public augmente pour produire un accroissement de revenu qui suffise à lui faire consentir le surcroît d'épargne nécessaire et ce coefficient est fonction de ses tendances psychologiques. L'épargne étant la pilule et la consommation la confiture, il faut que le supplément de confiture sait proportionné à la dimension de la pilule additionnelle. Si les tendances psychologiques du public sont bien celles que nous supposons, nous avons établi ici la loi qu'un accroissement de l'emploi consacré à l'investissement stimule nécessairement les industries travaillant pour la consommation et détermine un accroissement total de l'emploi qui est un multiple de l'emploi primaire requis par l'investissement lui-même.

Si la propension marginale à consommer est voisine de un, de faibles variations de l'investissement provoqueront donc de fortes variations de l'emploi; cependant un accroissement relativement faible de l'investissement suffira à déterminer le plein emploi. Si au contraire la propension marginale à consommer est voisine de zéro, des variations limitées de l'investissement entraîneront des variations également limitées de l'emploi; cependant un accroissement considérable de l'investissement pourra être nécessaire pour déterminer le plein emploi.

Lorsque le plein emploi est réalisé, si on cherche à accroître encore l'investissement, les prix nominaux tendent à monter sans limite, quelle que soit la propension marginale à consommer ; on est parvenu, en d'autres termes, à un état d'inflation véritable. Jusque-là la hausse des prix s'accompagne d'un accroissement du revenu réel global.