La représentation économique et sociale : Rôle et réalités du lobbying


Lamarque, Gilles (1994), Le lobbying, PUF, coll. ''Que Sais-je", p. p 87-114


Le lobbying auprès des institutions européennes

Jacques Delors, alors Président de la Commission européenne, déclarait en 1988 que "vers l'an 2000, 80% de la législation économique, peut-être même fiscale et sociale, sera d'origine communautaire". De fait, les décisions communautaires font aujourd'hui l'objet d'intenses campagnes de lobbying. Le processus d'attribution des fonds structurels (FEOGA-Orientation, FSE, FEDER) et des commandes lancées dans le cadre des programmes de recherche communautaires est examiné avec une particulière attention par les collectivités locales et les entreprises. La Commission européenne a un rôle central d'initiative et d'exécution qui en fait la cible de tous les lobbyistes ; le Parlement européen n'est pas en reste, et l'on a vu parfois des lobbyistes proposer « clé en main » aux députés des amendements entièrement rédigés.

Le lobbying communautaire émane d'une multitude d'acteurs situés à Bruxelles. Certaines organisations ont été créées afin de fédérer au niveau européen des intérêts nationaux convergents. Il s'agit notamment de la Confédération européenne des syndicats (émanation des syndicats de salariés de l'UE), de la représentation des Chambres de Commerce et d'Industrie européennes, de l'UNICE (regroupant les syndicats patronaux européens), du Centre européen des entreprises publiques, du BEUC (Bureau européen des consommateurs) ou du COPA (représentant les agriculteurs). La plupart des intérêts industriels horizontaux sont représentés à Bruxelles par les fédérations industrielles de branche (acier, mécanique, construction automobile, sucre, chimie, etc.) ; leur influence est favorisée par leur grande représentativité.

Nombreuses sont aussi les grandes entreprises européennes à avoir installé un bureau permanent à Bruxelles en raison du poids des décisions communautaires : MBB, AEG, Lufthansa, Deutsche Bank, Siemens pour l'Allemagne ; Leyland, British Telecom, British Airways, pour la Grande-Bretagne ; Unilever, Shell pour les Pays-Bas ou TFE pour la France notamment. Ce choix a été suivi par les industries des secteurs les plus exposés à l'ouverture des frontières (automobiles, travaux publics, banques, secteur énergétique). Certaines entreprises ont même décidé de se regrouper au sein d'associations : l'AGREF représente ainsi les intérêts d'une soixantaine de grandes entreprises françaises auprès des institutions de l'UE.
   
 

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