Intégration et solidarité

4. Vers de nouvelles régulations

4.2. Que pouvons-nous faire : des pistes à explorer

Documents associés - Textes de référence

Le juste et le bien


Policar, Alain (2002), Principes du libéralisme et pluralisme culturel, (in Ferréol Gilles (sous la dir. de), Rapport à autrui et personne citoyenne), Villeneuve d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, p. 206,207


Cette confrontation des positions libérales et communautariennes permet, à nos yeux, de nuancer considérablement l'opposition qui, a priori, pouvait paraître déterminante entre le juste et le bien.

L'attachement aux principes essentiels du libéralisme est affirmé, on l'a vu, par des auteurs refusant l'interprétation procédurale de la neutralité de l'Etat. Il serait donc parfaitement possible de se soucier du bien commun tout en restant fermement attaché à la valeur centrale de l'autonomie individuelle. Cette position conciliatrice, sans doute largement dépendante du cadre sociologique de l'Amérique du Nord, doit être mise en relation avec ses traditions philosophiques, en particulier la tradition jeffersonienne de la tolérance libérale, pour être comprise. Elle n'est pas, bien entendu, le seul mode de sortie des dilemmes dont il fait état. Il nous faut, à cet égard, revenir sur l'argumentation républicaine, illustrée par la position de Skinner qui, en rejetant l'opposition entre individualisme libéral et tradition aristotélicienne, propose une vole plus conforme à notre culture politique.

L'insistance des principaux protagonistes sur le problème de l'identité est de nature à dissimuler le fait que la question politique par excellence n'est aucunement celle de l'identité collective mais celle de l'action publique. Comme l'a souligné Hannah Arendt, la citoyenneté ne se situe pas sur le registre de l'être mais sur celui de l'agir. L'espace politique relève, en conséquence, d'un tout autre ordre que celui de l'identification culturelle : "Il est un espace public et non privé, un espace électif et non natif" (Tassin, 1994: 109.) Aussi "le caractère commun de cet espace [...] ne résulte pas du partage d'un bien commun, que ce bien soit une origine ethnique ou spirituelle, une tradition ou une histoire, etc." (ibid). Comment alors fonder l'unité d'une communauté politique ? Répondre à cette question exige que soient définis les caractères propres d'une telle communauté. Étienne Tassin développe une argumentation très convaincante : "Une communauté n'accède à sa dimension spécifiquement politique [...] qu'en s'arrachant à tout ancrage particulariste, et qu'en renonçant à prétendre substituer une communauté identificatoire d'ordre supérieur aux communautés hétérogènes qui la constituent, bref en récusant avec autant de radicalité toute logique communautariste aussi bien que toute logique individualiste (qui ne sont que deux aspects d'un même particularisme de l'identification)" (Tassin, 1997 : 135-136.) Cette forte récusation de la problématique identitaire permet de reconnaître la spécificité de ce type de communauté, ce qui suppose de "ne pas confondre l'identité d'un individu avec sa citoyenneté, son être (privé) avec son action (publique), la source de son être avec le déploiement de ses raisons, son appartenance communautaire avec son activité politique, […] le sentiment national avec la responsabilité politique, bref le principe de filiation qui fonde une identité commune dans le partage de valeurs culturelles avec le principe d'action qui déploie une citoyenneté partagée dans l'identité d'un combat politique mené au nom de principes" (ibid. : 136).