Accumulation du capital, progrès technique et croissance

4. L'investissement dépend de son financement

4.3. Le rôle de la bourse dans le financement de l'économie

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Le financement des infrastructures par la bourse au XIX° siècle


Arbulu Pedro, et Vaslin Jacques-Marie (2000), "« Le financement des infrastructures par la Bourse de Paris au XIX° siècle »", Revue d'économie financière, n°57, p. p. 28-30


Au XIXème siècle, la France se dote de moyens de communications modernes comme les tramways, les chemins de fer ou les canaux. Les grandes villes s'illuminent avec l'apparition des lanternes à gaz, qui laisseront la place à l'éclairage électrique. Les grandes artères de Paris, dont certaines viennent d'être nouvellement percées, commencent à s'encombrer de tramways et d'omnibus. Les découvertes scientifiques sont rapidement exploitées et trouvent facilement une application industrielle et commerciale. Mais toutes ces innovations ont en commun d'être très onéreuses. Les crédits bancaires étant peu développés, les entreprises se tournent alors vers le marché financier.

 

Les concessions font appel au marché

Le développement du commerce et de l'industrie donne naissance aux nouvelles compagnies capitalistes qui cherchent de plus en plus à se financer par le marché. Parallèlement, le comportement des épargnants évolue en se tournant progressivement vers les valeurs mobilières, au détriment du placement traditionnel : l'immobilier. Si les rentes perpétuelles (les emprunts publics d'alors) amorcent l'attrait des particuliers pour la Bourse, les actions prennent peu à peu le relais avec les émissions des banques, des canaux, puis celles des chemins de fer.

Un premier aperçu de l'importance du financement des infrastructures par l'intermédiaire de la Bourse est donné par la capitalisation boursière de ce secteur. Le graphique et le tableau qui suivent comparent la part de la capitalisation des différents secteurs économiques dans la capitalisation boursière totale. Le graphique regroupe les différentes branches économiques en 3 grands secteurs: la finance (banques et assurances), les infrastructures et la métallurgie (mines et forges).

Part des principaux secteurs d'activité
dans la capitalisation boursière de Paris

Jusque dans les années 1820, la capitalisation de la Bourse de Paris est composée presque exclusivement de la seule action Banque de France. Puis le développement économique entraîne l'arrivée des compagnies des canaux et des assurances. Mais c'est l'arrivée des actions des chemins de fer, à partir de 1835, qui met fin à la domination de la Banque de France. II faut attendre les années 1860 pour assister au renouveau du secteur bancaire avec la création des banques de dépôts (Crédit Lyonnais, Société Générale). La part de la capitalisation boursière de ce secteur est restée stable depuis les années 1850, autour de 25 %. La spéculation autour des titres bancaires (fin des années 1870) la fait passer au-dessus de 40 %. Le krach de l'Union Générale 1882) rétablit cette part à son niveau antérieur de 25 %.

L'analyse détaillée des différents secteurs économiques permet de faire ressortir trois éléments. Les infrastructures dominent le marché boursier à partir du milieu des années 1830. Cette domination est à mettre sur le compte des actions des compagnies de chemins de fer. Ce secteur représente en effet la moitié de la capitalisation boursière de Paris au milieu du XIXème siècle. Mais cette prépondérance diminue progressivement au profit de secteurs aussi divers que le commerce, le transport maritime... Et de tous les secteurs ayant contribué à la révolution industrielle, les compagnies des chemins de fer sont les seules à présenter une capitalisation boursière non négligeable. Les forges, houillères, chimie, filatures, mines... ont un point faible sur la place de Paris, qui reste dominée par le secteur ferroviaire et bancaire.

 

La prépondérance des infrastructures sur le marché financier est la conséquence directe du mode de financement utilisé. L'importance des sommes nécessaires à leur financement implique inéluctablement de passer par l'intermédiaire de la Bourse. Ceci est particulièrement vrai pour les dépenses engendrées par la construction des voies de communication modernes.