II est souvent avancé que les banques françaises font peu d'effort pour obtenir des informations précises sur la situation des petites entreprises. La plupart des enquêtes' montrent que les banques apprennent très tardivement les difficultés des petites et moyennes entreprises, ce qui montre l'absence d'un vrai effort d'information.
Les taux d'intérêt des crédits dépendent essentiellement de la taille des entreprises, comme le montre le tableau ci-dessous.
Ceci indique que même de petites entreprises très rentables (bénéficiant des plus bas taux d'intérêt) sont pénalisées par rapport aux grandes entreprises, parce que, probablement, collecter de l'information sur leur situation est difficile et coûteux, et que les banques jugent que c'est inutile. Pour les entreprises « moyennes », la situation est pire, l'écart de taux en fonction de la taille étant plus important.
Le résultat de cette attitude est probablement d'une part une absence de discrimination entre les conditions faites aux différentes entreprises, quelle que soit leur « qualité » ; d'autre part le rationnement du crédit, non pas en raison de mécanismes de sélection adverse, mais parce que, sans information particulière, il est plus rentable pour les banques de réaliser des prêts sans risque (d'acheter des titres publics...), que de prêter à des emprunteurs risqués, surtout en période d'incertitude sur l'activité économique.
Le problème nous semble être d'abord l'utilisation du crédit bancaire pour financer de petites entreprises ou des entreprises ayant des projets très risqués. Puisque le prêteur ne profite pas du succès du projet (il ne reçoit que le taux d'intérêt du contrat), il n'est pas incité à prêter, préfère rationner le crédit, et peut-être, n'est pas incité non plus à s'informer sur la situation des emprunteurs. Nous suggérons qu'il est plus efficace de financer ce type d'entreprise ou de projet par une prise de participation dans le capital.
Nous nous demandons enfin si la concurrence entre banques réduisant les marges bénéficiaires d'intermédiation, n'est pas aussi une explication de l'absence de recherche d'information sur les emprunteurs. Si, à cause de l'intensité de la concurrence, les marges sont faibles, quelle que soit la situation de l'emprunteur ou l'information dont dispose le prêteur, cette dernière est inutile si elle est coûteuse. Le principe du modèle que nous utilisons est le suivant : il existe un projet d'investissement risqué, que les banques peuvent financer soit par prise de participation dans le capital de l'entreprise qui a ce projet, soit par crédit ; dans ce second cas, il y a un risque de faillite (coûteuse). Les banques peuvent choisir d'acquérir de l'information sur la rentabilité du projet: elles peuvent aussi renoncer à le financer et acheter des actifs sans risque.
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Nous avons obtenu les résultats suivants
- Le financement par prêt bancaire, à la différence du financement par acquisition d'actions, introduit une possibilité de rationnement de crédit en l'absence d'information sur le rendement futur du projet ; en effet, il est possible que le coût anticipé de faillite ou le fait qu'un rendement élevé du projet ne profite qu'à l'entreprise conduise la banque à préférer les actifs sans risque ;
- Le financement par prêt bancaire incite davantage la banque à s'informer de la situation de l'entreprise que la prise de participation pour les mêmes raisons : risque de faillite ; perte du résultat de l'entreprise s'il est bon (la banque n'obtient que le taux d'intérêt du prêt) ;
- Si le coût d'obtention d'information sur le rendement du projet risqué est élevé, l'investissement en capital est plus efficace (il évite le refus de prêter) et il est préféré par la banque (qui évite le coût de faillite et bénéficie du rendement du projet s'il est élevé) ;
- Si le coût d'obtention d'information est faible, les deux modes de financement sont équivalents, puisque, lorsqu'elle réalise un prêt, la banque est capable d'obtenir la totalité du rendement du projet;
- S'il y a concurrence entre banques (excès d'offre de prêt), le rendement anticipé du prêt tombe au niveau du rendement sans risque, et de ce fait toute incitation à acquérir de l'information disparaît.
Dans le cas des petites entreprises, on se situe dans la situation de coût d'obtention d'information élevé ; il est donc raisonnable que, si les banques utilisent le prêt comme instrument de financement, elles rationnent le crédit aux entreprises dont la probabilité de faillite est forte, et qu'elles utilisent la taille, à défaut d'autre indication, comme indication du risque. Ce qui semble par contre n'être pas raisonnable est le choix du crédit à la place de l'investissement en actions, plus efficace et plus attrayant normalement pour le prêteur. Avec financement par achat d'actions, la banque évite le coût de faillite lorsque le rendement du projet est faible, et bénéficie de ce rendement lorsqu'il est élevé. De plus, l'obtention d'information (coûteuse) est moins utile qu'avec un prêt puisqu'il n'y a plus de risque de faillite. Ce sont probablement des raisons comptables (la nécessité de valoriser continûment les portefeuilles d'actions et pas de prêt) plus que des raisons économiques qui poussent les banques à choisir le crédit comme support de financement.