Politique monétaire

4. Quel objectif d'inflation

4.1. Une légère inflation comme "grain à moudre"?

Documents associés - Textes de référence

Le débat : Feldstein versus Akerlof


Chote, Robert (1996), "La stabilité totale des prix sera atteinte lors de la prochaine récession", (Financial Times, 16 septembre), texte traduit par la Banque de France (Revue de presse économique étrangère)


Le taux d'inflation est actuellement inférieur a 3% par an dans 18 des 20 membres de l'OCDE (…) Quels avantages apporterait une nouvelle réduction de l'inflation ? Théoriquement, elle devrait permettre à l'économie de fonctionner plus efficacement. Quand le niveau général des prix est stable, il est plus facile pour les particuliers et les entreprises de détecter les changements relatifs des prix de certains biens, services et fournitures utilisés dans les processus de production. Plus ces signaux de prix sont visibles dans une économie de marché, plus il est probable que les producteurs produiront ce que les consommateurs souhaitent. Dans un monde où les entreprises seront convaincues d'interpréter correctement les signaux de prix, il est probable qu'elles seront encouragées à maintenir l'emploi à des niveaux élevés, à investir en biens d'équipement, à innover et à développer de nouveaux produits. Dès lors, la croissance économique devrait s'en trouver maximisée. Bien que de nombreuses études aient confirmé que l'inflation entrave la croissance quand elle est forte ou inattendue, il n'existe guère de raisons de penser qu'une diminution de l'inflation à partir des rythmes actuellement enregistrées dans les pays industrialisés améliorerait les perspectives de croissance à long terme. Selon les calculs de Michel Sarel du FMI, les taux de croissance économique sont maximisés avec une inflation d'environ 8%. Comme on peut le comprendre, ces études ne sont guère appréciées des banques centrales, qui estiment que les pays devraient avoir pour objectif la stabilité des prix, même si, compte tenu des problèmes statistiques, celle-ci pourrait correspondre à un taux d'inflation observée de quelque 2%.

Les banques centrales ont trouvé un allié dans la personne du président du NBER, Martin Feldstein. Selon lui, la stabilité des prix présenterait de grands avantages pour les Etats-Unis, car elle atténuerait l'impact dissuasif du système fiscal sur l'épargne et l'encouragement excessif qu'il apporte aux investissements en logement. Selon les calculs de M. Feldstein, abaisser l'inflation de 2 points, par exemple en la ramenant de 3 a 1%, relèverait en permanence d'un point de pourcentage le volume de la production nationale. Le coût d'une telle réduction de l'inflation, au moyen d'un relèvement des taux d'intérêt et d'une contraction de l'activité économique, serait une perte ponctuelle de 5% de la production nationale, qui pourrait être récupérée en cinq ans. Etant donné la durée du cycle électoral aux Etats-Unis et dans la plupart des autres pays industriels, il n'est pas certain que les hommes politiques disposent d'un horizon temporel suffisamment long pour accepter un tel arbitrage. Mais un problème plus fondamental se pose. M. Feldstein part implicitement du principe que l'économie retrouvera sa croissance tendancielle initiale après la perte de production ponctuelle. Toutefois, une partie de cette perte pourrait devenir permanente en raison d'un recul de l'investissement et de l'érosion du stock de capital des entreprises, en particulier si l'activité économique devait subir une brusque contraction. (…)

Les arguments en faveur de la stabilité totale des prix ont également été attaqués par Georges Akerlof, William Dickens et George Perry. (…) Les auteurs de ces travaux contestent le postulat théorique sur lequel la politique monétaire orthodoxe a été fondée ces dernières années : l'existence d'un taux de chômage « naturel » unique ne provoquant pas d'accélération de l'inflation, l'inflation baissant ou augmentant de façon illimitée quand on s'en éloigne. Akerlof et ses coauteurs affirment au contraire que lorsque les taux d'inflation sont faibles, il existe probablement un arbitrage sur le long terme entre l'inflation et le chômage (…) parvenir à une inflation nulle aux Etats-Unis ferait durablement augmenter le chômage, qui passerait de son taux naturel actuel de 5,8% à 7,6% environ. (…) Ils partent de l'idée bien connue selon laquelle les employeurs ont du mal à réduire les salaires nominaux, parce que cette mesure est considérée comme injuste et démotivante. Il est plus aisé de procéder aux diminutions des salaires réels que nécessite parfois une allocation plus efficace des ressources quand l'inflation est positive. Par exemple, il est plus facile d'augmenter les salaires de 3% quand les prix augmentent de 4% que de baisser les salaires de 1% quand l'inflation est nulle. (…)