J. Rawls définit le concept de justice à un niveau philosophique. L'égalité de droits entre les citoyens et les libertés garanties à chacun en régime démocrate que ne sont pas"négociables», elles ne peuvent pas donner lieu à des calculs de maximisation, où l'on supposerait que la perte d'un seul droit par un seul citoyen est avantageusement compensée par des droits accrus pour beaucoup d'autres citoyens. Ces principes reposent sur la théorie d'un contrat social entre les individus qui se sont réunis pour vivre ensemble ; cette égalité de droits et ces libertés ont fait l'objet d'un accord préalable à la formation de cette société. Discuter ces principes est impossible, puisque c'est remettre en question l'existence même de la société.
Pour Rawls, le choix de ce qui est juste ou injuste fait partie du contrat social. Or, ce choix est fait avant que la société soit constituée, c'est-à-dire dans une situation abstraite, hors de l'espace et du temps, alors que la répartition des revenus est toujours observée dans des sociétés historiques. L'homme dont nous observons les préférences est influencé par ses goûts, par sa propre dotation en ressources, par les comportements, les discours de ses concitoyens. En revanche, l'homme auquel se réfère Rawls n'a ni goûts personnels ni dotation, n'est influencé par personne, il n'a pas d'existence empirique, mais constitue une entité abstraite : l'individu qui accepte d'être citoyen d'une société, qui approuve le contrat social. Il ignore totalement, quelle sera, en quelque sorte, son incarnation dans la société future, c'est-à-dire quel citoyen il sera, quels seront ses propres talents et qualifications naturels, quelle sera sa position sociale, quelles seront ses propres préférences. Cette absence complète d'informations correspond à un choix en situation d'incertitude. Par exemple, l'individu choisit la répartition des revenus entre cent centiles, en sachant qu'il a une chance sur cent de se trouver dans chaque centile. Rawls en déduit le principe du maximin. L'individu qui est rationnel et a une forte aversion pour le risque considère comme principe de justice la maximisation du revenu du plus pauvre ; par exemple, il va préférer la distribution des revenus qui maximise le revenu du premier centile (le plus pauvre) sachant qu'il a une chance sur cent de s'y trouver dans la réalité. Ce principe ne repose ni sur la bienveillance, ni d'ailleurs sur la malveillance. Il ne conduit pas non plus à choisir la distribution des revenus la moins inégale : en effet, tout accroissement du taux de concentration qui entraîne une augmentation du revenu du plus pauvre est, pour Rawls, souhaitable. Par exemple, l'état 2 sera jugé préférable à l'état 1, alors que le taux de concentration correspondant y est plus élevé. Evidemment, toute réduction du taux de concentration qui est liée à l'augmentation du revenu du plus pauvre est préférée, ainsi l'état 3 est préféré à l'état 1.