Internationalisation des échanges et mondialisation

4. Spécificités socioculturelles et mondialisation

4.3. L'Etat protecteur et vecteur de l'identité culturelle

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Le cinéma français : les enjeux actuels d'une industrie culturelle


Vernier, Jean-Marc (1998), Culture & recherche, coll. ''numéro 68, octobre-novembre", p. p. 8-10, extraits


Disponible sur http://www.culture.fr/culture/editions/r-cr.htm

Le cinéma est une activité qui marie art et industrie. [... ] Mais on ne peut guère dissocier la part artistique de la part économique et pour comprendre les enjeux actuel du cinéma français, il faut l'appréhender comme une industrie culturelle ayant ses spécificités.

Les industrie culturelles ont en commun les traits suivants : économie de prototype avec les risques qui en découlent (de plus la valeur économique d'un film est indépendante de son coût de fabrication), statut économique précaire du créateur, rôle de façonnier de l'éditeur, emploi intermittent, rémunération par les droits d'auteur.

Le cinéma est dès le départ un art industriel par sa caractéristique de reproductibilité technique. [... ] Mais, pour devenir marchandise culturelle (il) a du se plier a des normes de consommation : durée standardisée autour de deux heures.... Pour autant la dimension artistique reste largement active. En France, à la différence des autres pays le cinéma a acquis le statut de 7ème art. Le cinéma s'est donné une image de marque culturelle représentation partagée non seulement par la grande masse du public mais également par la quasi totalité des hommes politiques. C'est une des raisons qui a permis de mieux organiser le maintien d'une industrie nettement plus active que celle de ses voisins européens au cours des années 80. La dynamique culturelle a aidé la dynamique économique.

D'une industrie sur la défensive au cours des années 80...


En France le développement de la télévision et de la vidéo a profondément transformé les modalités de production et d'amortissement du film… Si au début des année 80, la salle représente l'essentiel des recette d'un film (environ 80%), le développement rapide des télévisions commerciales entraîne un double mouvement

·    Un déclin de la fréquentation des salles jusqu'au début des années 90 pour la plupart des pays européens. Sur cette période la France résiste mieux que ses partenaires européens et conquiert la première place…

·    Une baisse de la part de marchés des films nationaux sur leur propre territoire. Face à la concurrence de la télévision, les producteur nationaux ont des difficultés à maintenir une offre attractive. Là encore la France se distingue et conserve une part de marché florissante pour sa production nationale. Cette situation résulte en grande partie de l'action vigoureuse des pouvoirs publics menée en faveur de l'industrie cinématographique. Ce soutien repose sur un système d'aide unique en Europe, et d'un fort encadrement des chaînes de télévision tant sur le plan de la diffusion des films que sur celui des obligations de financement De son coté l'Italie, qui avait une industrie cinématographique les plus florissantes, abandonne son industrie à la dérégulation audiovisuelle et perd près de 20 points de part de marché sur ses propres films. En revanche les films américains conservent leur attrait et maintienne leur niveau d'entrées. En conséquence, dans un marché globalement en récession , le cinéma américain augmente considérablement sa part de marché et atteint plus de 70, sauf en France (un peu moins de 60%).


Cette évolution affecte les capacités de financement de la plupart des pays européens qui voient une contraction des recettes en salle, sans que les débouchées télévisuels ne compensent cette perte. La France est la seule à produire régulièrement plus de 130 films.

Cette situation conduit l'industrie du cinéma et las pouvoirs publics français a une position défensive. Sur cette période les deux principaux objectifs ont été, d'une part, le maintien en activité du plus grand nombre de salles, notamment dans les petites communes, et, d'autre part, la préservation des capacités de production pour faire face à la compétition des films américains. Pour cela les moyens d'intervention du Compte de soutien du Centre National de la Cinématographie ont été augmentés par l'instauration de prélèvement sur les recettes des télévisions et des éditeurs de vidéo et par la mise en place d'obligation de financement de la production par les chines de télévision.

... à une phase de reconquête.


Toutefois, depuis quelques années, le regain de fréquentation, grâce au renouvellement important du parc de salles par la création de multiplexe, a donné une nouvelle impulsion à la production cinématographique européenne. Ainsi, en France les entrées recommencent à augmenter d'environ 5% par an depuis 1992. Les productions nationales sont plus adaptées aux attentes du spectateur et accroissent leur part de marché. En conséquence les investissements dans les films européens prennent de l'ampleur : le coût moyen d'un film européen passe de 2,02 millions de dollars en 1988 à 2,46 millions de dollars en 1993 et à 3,61 millions de dollars en 1996.

Après un bilan positif en 1997, le cinéma français est en pleine croissance. Le marché de la salle, support premier et facteur de notoriété essentiel des films, est en net redressement depuis quelques années. La fréquentation s'établit à 148,1 millions d'entrées en 1997 pour une recette globale de 5,1 milliards de francs (soit 0,78 milliards d'euros), c'est le meilleur score depuis douze ans. L'achat et le pré-achat de films par les télévisions constituent un apport majeur de recettes pour le cinéma français. L'ensemble des télévisions (en clair ou payante) a consacré plus de 1,8 milliard de francs à l'achat de droit de diffusion de films français. Cependant la vidéo a encore un poids insuffisant dans les recettes du cinéma français. La part de marché des films français ne représente que 15,2% du chiffre d'affaires du cinéma en vidéo alors que la part de marché dans les salles avoisines 35%.

L'activité de la production atteint un niveau très élevé. En 1997, avec 163 films agréés, le nombre de longs métrage produits et coproduits s'inscrit en très nette augmentation par rapport à l'année 1996 et aux dix dernières années, confirmant ainsi le niveau atteint depuis une dizaine d'année qui fait de la France le premier pays coproducteur.

Ces enjeux essentiellement économiques s'accompagnent d'une volonté de valoriser le cinéma en tant que lieu de culture et d'éducation. Le public de demain doit acquérir une culture cinématographique et découvrir les œuvres cinématographiques de son passé. Les actions en milieu scolaire qui associent le Ministère de la culture et de la communication, le Ministère de l'éducation nationale, les exploitants et les collectivités territoriales permettent un accès à ces œuvres dans leur milieu naturel. Par ailleurs, la politique du patrimoine va connaître un nouveau souffle. Après une phase très actives de restauration et de conservation, des actions se développent pour assurer une plus large diffusion des oeuvres du patrimoine tant sur les chaîne de télévision, notamment les chaînes thématiques qu'en vidéo.

En conclusion, on peut observer que les articulations entre culture et économie varient selon les époques considérées. Sans un tissu cinématographique industriel riche et diversifié, la capacité créatrice risque de s'éteindre ou de se transformer en petit ghetto, perdant ainsi une des caractéristiques essentielles du cinéma, sa dimension de lien social qui traverse toutes les couches de la société et tous les âges. Ce risque, on a pu en observer les ravages chez nos voisins européens qui ont été moins soucieux que la France de soutenir leur industrie cinématographique.