Entre confiance et règles : le cas des marchés financiers

Le cas Enron

Un exemple des plus probants du système décrit par Robert Schiller est évidemment l'affaire Enron et son univers féerique de profits fictifs. Pendant longtemps, les chiffres publiés par le courtier américain en énergie ont ainsi reposé sur la confiance des intervenants du marché.

Ce groupe Texan, basé à Houston, est issu d'une fusion en 1985 entre deux entreprises de gaz naturel. Rapidement, la société devient le numéro un du secteur en Amérique du Nord et en Grande-Bretagne. Ainsi, à la fin des années 90, Enron tire les quatre cinquième de ses revenus de son activité de trading. Le groupe achète et vend de l'énergie à prix garantis au travers de produits dérivés. Il développe des techniques complexes de couvertures de risques pour prémunir ses clients de la variabilité des prix de l'énergie.

Au fil des ans, cette société a dissimulé la véritable nature de sa santé financière dans de multiples trusts ou entreprises créées spécialement pour déconsolider l'endettement ou les risques. Ces filiales étaient établies dans des paradis fiscaux et n'avaient donc pas besoin de publier leurs bilans et leurs résultats, ni la nature des transactions avec Enron. De 1997 à 2000, l'entreprise a vu son cours de bourse bondir, passant de 19 dollars au début 1997 à 82 dollars à la fin 2000. Une courbe ascendante réalisée sous le double effet de chiffres fictifs et de communiques de presse triomphant où les superlatifs sont de mises (Enron est dans une forme superbe… nous gagnons de l'argent sur cette nouvelle activité…Les bénéfices de notre nouveau service de trading sont supérieurs à nos estimations…).

Au temps de sa superbe, Enron comptait  3 000 sociétés qui ont été utilisées pour masquer les chiffres ou les gonfler. Certaines entreprises s'achetaient et se revendaient , toujours plus cher à chaque transaction des biens et des services. De son côté, la direction financière du groupe a rapatrié les profits fictifs de ces entités dans son compte de résultat. Cependant, les additions cumulées sur plusieurs années de bénéfices inexistants finissent par creuser un trou que l'entreprise ne peut plus masquer. En novembre 2001, la direction d'Enron est obligée de réviser à la baisse les bénéfices des exercices 1997 à 2001. Du coup, trois des plus grandes agences de notation (Standard & Poor's, Mody's et Fitch) décident de dégrader la dette du groupe au rang de junk bond, c'est à dire des obligations privées à très haut risque et donc à fort taux d'intérêts. Ceci a pour effet de rendre immédiat le remboursement d'une dette hors bilan de 3,4 milliards de dollars. Début décembre, la société entame une procédure pour se placer sous la protection du chapitre 11 de la loi américaines sur les faillites, ce qui lui permet de se réorganiser tout en se mettant à l'abri de ses créanciers.

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