Accumulation du capital, progrès technique et croissance

1. Points de repères sur l'accumulation du capital

1.2. Mesurer le stock de capital et son accumulation

Documents associés - Textes de référence

Le calcul du stock de capital


Chauvière, Marie (1999), "L’investissement productif en France", Revue de Rexecode, n°18


Le critère du taux d'accumulation du capital est naturellement un critère pertinent si la mesure même du stock de capital correspond à la réalité économique du parc des équipements. Un principe fondamental est que le stock de capital brut est reconstitué (et cela est vrai pour tous les pays) à partir des flux d'entrées (investissement) et des flux de sorties (déclassement).

Etant donné ces flux d'entrées et de sorties, il manque encore une hypothèse sur la durée de vie de ces équipements avant leur sortie sous forme de déclassement. Que le capital soit évalué brut ou net (d'amortissement), la question première est toujours la même : combien de temps les équipements peuvent-ils être considérés comme intégrés au stock de capital ? Cette question est d'autant plus fondamentale que l'hypothèse la plus répandue est que cette durée de vie est constante dans le temps : qu'une machine ait été achetée dans les années 1970 ou au début des années 1990, sa durée de vie est toujours la même. Cette hypothèse de durée de vie constante est cruciale et pourrait changer la vision des choses si les durées de vie des équipements utilisées ne reflétaient pas la réalité économique.

Dans un premier temps, nous verrons les différences dans les durées de vie utilisées par les pays pour estimer leur stock de capital. Dans un second , nous verrons comment, dans le cadre d'un modèle simple de mort subite, les hypothèses de durées de vie influencent la croissance du stock de capital.

Les hypothèses de durée de vie retenues sont assez comparables


En France, l'estimation des durées de vies des équipements est basée sur la méthode comptable. Etant donné les bilans d'entreprises, le stock de leurs immobilisations et les flux d'investissement et amortissement, on peut déterminer le nombre d'années qu'il faut attendre avant qu'un investissement soit déclassé. Les comptables nationaux français ont estimé ces durées de vie à l'occasion des changements de base. Mais en fait, les durées de vie n'ont pas été révisées (pour les produits matériels) depuis la définition de la base 1962. En effet les résultats de la méthode comptable appliquée aux années 1956-1985 n'ont pas permis de remettre en cause les durées de vie précédemment utilisées.

Si on cherche à comparer les durées de vie utilisées dans les comptabilités nationales des différents pays, on remarque que la France occupe une position moyenne avec une moyenne des durées de vie des machines de 18 ans. Au Japon, les durées de vie estimées sont nettement plus faibles. Le Japon a procédé à une enquête à grande échelle en 1970 pour estimer les durées de vie des équipements. L'objectif était d'obtenir un chiffre de référence pour le stock de capital, mais les durées de vie étaient aussi demandées. Le niveau élevé de l'investissement peut donc être en partie expliqué par un taux de déclassement nettement plus élevé au Japon. A l'opposé, le Royaume-Uni a estimé des durées de vie nettement supérieures à celles des autres pays. Ces chiffres britanniques sont fondés sur une enquête du milieu des années 1970, qui montrait une réduction des durées de vie dans le secteur de l'industrie manufacturière pour laquelle la durée de vie des machines est passée de 33 à 26 ans. A l'exception du Japon et de la Grande Bretagne, les pays reconstituent leur stock de capital en se fondant sur des hypothèses de durée de vie assez comparables.

Calcul du stock de capital : brut et net d'amortissement


Le calcul du stock de capital productif diffère selon qu'on estime le stock de capital brut ou net d'amortissement.

Le stock de capital brut : Le stock de capital brut en une année donnée est la somme des investissements qui n'ont pas encore été déclassés. L'investissement n'est déclassé qu'en fin de vie, c'est-à-dire qu'il contribue au stock de capital de façon identique sur toute sa durée de vie. Le stock de capital s'accroît chaque année des investissements bruts et diminue des déclassements d'investissements passés. Le volume du stock de capital brut représente donc l'ensemble des capacités de production sans amortissement.

Le stock de capital net : Le stock de capital net correspond à la somme des investissements nets. Il s'accroît chaque année des investissements bruts diminués de la partie des investissements passés qui est amortie. Pour construire le stock de capital non seulement des hypothèses de durée de vie (similaires à celles considérées dans le calcul du stock de capital brut) mais aussi des hypothèses sur les lois d'amortissement. En France c'est la loi log-normale qui est retenue.

L'analyse du niveau de l'investissement se fonde sur les évaluations de la comptabilité nationale sur l'agrégat de la formation brute de capital fixe et en particulier le partage volume-prix de cet agrégat. Il est particulièrement difficile de mesurer les prix de l'investissement. Or, il est évident qu'une sous-estimation de la baisse des prix peut conduire à une surestimation du volume de l'investissement productif.