Fondateur et premier directeur de l'INED, Alfred Sauvy en développa les activités en privilégiant sa conception globale de la démographie. Dans l'introduction au premier numéro de la revue Population (mars 1946), il définit les contours de cette conception : "on donne souvent à la démographie un sens restreint en lui demandant seulement l'étude descriptive des populations, du simple point de vue quantitatif. L'INED doit étendre plus loin son champ d'activité. Chargé d'éclairer l'action, en matière de politique de population, il doit aborder les phénomènes qualitatifs et attacher aux facteurs de causalité une attention particulière… Economie, sociologie, psychologie doivent être simultanément consultés."
Cette conception globale de la démocratie transparaît également dans l'œuvre d'Alfred Sauvy et en particulier dans la Théorie générale de la population, publiée pour la première fois dans les années 1954-1956 et traduite par la suite en de nombreuses langues. Dans les deux tomes de ce livre, Alfred Sauvy analyse les effets du progrès technique sur l'emploi, milite pour une comptabilité des besoins, analyse le phénomène du vieillissement démographique et s'interroge sur les aspects économiques et sociologiques des migrations internationales.
Dans la Théorie générale de la population comme dans l'ensemble de son œuvre, Alfred Sauvy mène une sorte de croisade contre le malthusianisme et enseigne que la croissance de la population n'est pas un obstacle au progrès économique. Plusieurs de ses articles sont consacrés à l'analyse des corrélations entre la croissance démographique et la croissance économique et concluent à l'absence de relation de causalité entre ces deux grandeurs, ni dans un sens, ni dans l'autre. Lors des débats lancés par le Club de Rome, Alfred Sauvy va ainsi contester la solution proposée de la "croissance zéro", qu'elle soit considérée d'un point de vue démographique ou économique. En effet, Sauvy croit profondément dans les vertus de la pression créatrice - la nécessité conduisant les hommes à se dépasser et à découvrir des solutions nouvelles- thèses qui seront approfondies plus tard par Ester Boserup.
L'hostilité au malthusianisme d'Alfred Sauvy se manifeste également à propos de l'emploi. Dans son ouvrage La montée des jeunes (1960), Sauvy dénonce la croyance malthusienne en l'existence d'un nombre limité d'emplois : "chaque fois que se produit une différence, un écart entre deux grandeurs, deux choses qui devraient être au même niveau, il y a deux façons de rétablir l'équilibre, aligner vers le haut ou vers le bas. En annonçant qu'il y a excès de quelque chose, l'optique malthusienne suggère instinctivement de niveler vers le bas".