Réduite à l'essentiel, la théorie du capital humain ne consiste qu'en l'approfondissement et l'extension d'une proposition très simple que nous avons déjà rencontrée et qui est aussi vieille que la science économique puisqu'on la retrouve chez la plupart des auteurs classiques d'Adam Smith à Marx inclus : les différences de salaires s'expliquent notamment par la nécessité dans une économie de marché de verser aux travailleurs des rémunérations qui les dédommagent des frais qu'ils ont dû encourir pour leur formation. Comme des dépenses ont été faites préalablement aux recettes qui vont permettre de les compenser, il existe une analogie tentante entre le comportement de l'individu qui décide de faire des études supérieures ou de suivre des cours du soir, etc., et celui de l'entrepreneur qui achète des biens d'équipement. L'un et l'autre sont des investisseurs qui accroissent leurs capacités de gains futurs mais alors que le second le fait sous forme de capital matériel il est possible de dire que le premier le fait sous forme de capital humain. Toutes réserves faites sur l'utilité de cette métaphore d'usage maintenant courant, on voit qu'elle pose immédiatement un problème d'identification des attributs individuels évoqués à l'aide de cette appellation commode.
Alors que les différences de coût d'éducation ne sont chez Adam Smith qu'un facteur parmi d'autres de l'inégalité des salaires, c'est le seul que Marx mentionne régulièrement dans ses principaux écrits économiques. S'il y a une théorie claire des différences de salaires chez Marx c'est bien celle du capital humain. Il est vrai que Marx — comme les auteurs classiques en général — ne fait pas l'analyse explicite du comportement individuel d'acquisition d'éducation aujourd'hui à la base de cette théorie.
Un capital est tout ce qui a été produit de façon coûteuse et qui produit des services utiles mais il est difficile d'observer concrètement ce qui a changé dans la personne envisagée à la suite, par exemple, d'un certain nombre d'années passées dans un établissement d'enseignement donné. Tout le problème de la validité de la théorie du capital humain est déjà là : on sait évaluer le capital humain (le flux actualisé des revenus futurs) mais on ne sait pas vraiment ce qu'on évalue sous ce nom !