Ratio des prêts non performants (NPLs) sur l'ensemble des prêts
Lecture : Deux premiers plans d'assainissement du système financier (nationalisation des institutions moribondes, recapitalisation des banques viables) ont été mis en place en mars 1998 et mars 1999. Un peu tard ! Il faut dire que le tobashi (une pratique comptable selon laquelle les mauvaises créances d'une compagnie sont éparpillées parmi une multitude de clients, de filiales et de compagnies prête-noms pour éviter qu'elles n'apparaissent dans les bilans financiers) a longtemps masqué l'ampleur des problèmes. Un nouveau plan comptable est entré en vigueur en 2001, qui a permis de faire une partie du ménage : les banques doivent désormais suivre des règles nettement plus rigides de calcul de leurs pertes et de leurs risques de crédit. Le résultat est que les estimations des pertes des banques et de leurs besoins de capitaux propres se sont affinées. Jusqu'en 2001-2002, il n'y a guère de consensus sur le volume des pertes. Au-delà de ce bénéfice d'information, l'extériorisation des pertes, et donc l'obligation de les financer, a logiquement précipité un large mouvement de remise en ordre des bilans, s'étendant de proche en proche à l'ensemble du secteur privé. Le premier impact a été une accélération, dans le système bancaire, du mouvement de cessions, fusions, et fermetures, déjà bien avancé parmi les établissements de rang national. Par contrecoup, de nombreuses PME, maintenues en vie depuis des années par leurs banques, ont été mises en faillite, ce qui a eu à court terme impact négatif sur l'activité et l'emploi, en particulier dans le secteur des services domestiques.
Comment en est-on arrivé là ? Si la concurrence sur les marchés finaux a favorisé les performances de l'économie réelle, il n'en est pas de même du secteur bancaire. L'encadrement étroit des banques, le sous-développement du marché des capitaux, la réglementation elle-même ont contribué à figer la structure du secteur en assurant une redistribution entre agents des rentes d'oligopoles. Ce système, en représentant une pièce décisive du filet de sécurité du système financier, a rendu plus délicate toute déréglementation du secteur. Le résultat a été de réduire sa capacité adaptative. Depuis vingt ans, il n'a répondu que lentement aux pressions externes, que ce soit l'internationalisation des plus grandes banques, les pressions des Etats-Unis, la fin de la bulle spéculative ou la stagnation des années 90.
Les banques japonaises, héritage de leur proximité avec les entreprises de leur keiretsu (conglomérat intégrant généralement un pool bancaire), quantifient très mal le risque. Quand, dans les années 80, les grandes entreprises se sont détournées des financements intermédiés, les banques se sont tournées vers de nouveaux débiteurs dont elles appréciaient plus difficilement le risque. Ce sont ces créances, gagées sur l'immobilier, qui, après l'éclatement de la bulle, se sont révélées être les plus douteuses.
La difficulté à prendre la mesure de la crise, puis à la gérer rationnellement, s'explique avant tout par la collusion entre les banques et les instances de supervision, très liées au ministère des finances. En d'autres termes, c'est la "supervision du superviseur", par le législateur et le contribuable, qui est en question. A contrario, les premières mesures structurelles de 1998 ont été prises sous la pression directe des marchés, qui ont démontré ainsi leur capacité à discipliner les agents privés et le régulateur public.