Tous les acquis de la RFA ont été appliqués à l'Allemagne de l'Est après la réunification, avec les résultats prévisibles étant donné le besoin de restructuration de son économie : un taux de chômage extraordinairement élevé (20% dans certains Länder) et une perte de contrôle du budget fédéral. En voulant faire converger rapidement les salaires réels, bien plus rapidement que ce que les rapports de productivité entre RFA et RDA permettaient, les décideurs politiques et les syndicalistes allemands (qui redoutaient une concurrence de travailleurs moins payés) ont provoqué un chômage de masse en RDA, le gaspillage de colossales ressources fiscales venue de la RFA et la perte de plusieurs années de croissance pour tout le pays. S'il est vrai que "l'on ne défait pas l'histoire sans coût" (selon une formule célèbre du prix Nobel Douglas North), on ne l'accélère pas non plus gratuitement.
Que peut nous apprendre l'unification allemande en termes de rattrapage et de convergence réelle ? Au moins une leçon utile peut être tirée de cette expérience : il ne faut pas accorder une importance démesurée à la question du taux de change à l'entrée d'une union monétaire. On se souvient en effet que la monnaie est-allemande a été échangé au taux de 1 contre 1 avec le DM, en dépit de sa valorisation bien plus modeste sur le marché noir. Cette décision, éminemment politique, est souvent considérée comme la source du haut niveau des salaires est-allemands et, partant, du haut niveau de chômage subséquent. Mais c'est oublier que la dynamique des hausses salariales post-unification est bien plus responsable de la dégradation de la productivité et de l'emploi que le taux de change : en 5 ans à peine (1991-1995), les gains salariaux horaires dans l'ex-RDA ont pratiquement doublé (contre + 15% en RFA sur la même période) et un taux de change plus bas aurait encore aggravé cette évolution. En 1991 déjà, les salaires est-allemands atteignaient dans l'ensemble de l'économie 50% des niveaux en vigueur en RFA alors que la production par employé n'était que de 33% ; autrement dit, les coûts salariaux unitaires en ex-RDA, approximativement supérieur de 50% par rapport à ceux de la RFA, étaient déjà les plus hauts du continent. Salaires progressant plus vite que la productivité et indemnisations généreuses du chômage : tout était réuni pour un chômage massif en ex-RDA.
Ce point nous conduit à penser que le problème auquel seront confronté les PECO sera lié aux différents acteurs internes (syndicaux, gouvernementaux) qui vont militer pour une égalisation à marche forcée des salaires sans tenir compte du différentiel de productivité. Les PECO devront étudier soigneusement les conséquences de cette stratégie industrielle volontariste en termes d'emploi et ne jamais oublier que la convergence nominale doit avancer au rythme de la convergence réelle.
Transferts nets des Länder allemands, en milliards d'euros
Source : Jansen Heinz (2004), “Transfers to Germany's eastern Länder: a necessary price for convergence or a permanent drag?”, Commission européenne, DG II, ECFIN Country Focus, Volume 1, issue 16.