Sources et limites de la croissance

5. Les NTIC et la croissance

5.1. Les nouvelles technologies du point de vue de l'offre

Documents associés - Textes de référence

La restructuration des systèmes productifs


Askenazy, Philippe (2000), « Le développement des pratiques flexibles de travail », p. p. 127-148



L'accélération des gains de productivité après la période de réorganisation suggère qu'un mécanisme plus complexe est en jeu. De nombreux modèles théoriques montrent que les technologies de l'information permettent une reconfiguration de l'entreprise notamment en incitant à déléguer l'autorité (Aghion et Tirole, 1997) ou en améliorant l'efficacité de la polyvalence (Lindbeck et Snower, 1996). Plus fondamentalement, l'ensemble des choix de l'entreprise – stratégie, organisation du travail, technologie – seraient complémentaires (12) . Or, cette complémentarité implique qu'un changement sur une dimension – par exemple la technologie – ne peut être efficace que si les autres dimensions sont adaptées ; on passe donc de manière discrète d'un modèle productif optimal cohérent à un autre.

Prenons un exemple. Une entreprise décide d'acquérir un système d'information qui lui permet de connaître en temps réel la demande des clients. Si cette entreprise reste avec une organisation tayloriste, elle ne pourra répondre à la variabilité de la demande ; l'investissement informatique est alors à perte. Inversement posséder une structure de production flexible sans connaître l'évolution de la demande n'est guère utile. Il faut donc que l'utilisation des TIC soit accompagnée d'importants changements organisationnels.

Bresnahan (1999) ont étudié cette question pour 350 entreprises parmi les e. Toutes choses égales par ailleurs, ils ont mis en évidence que les entreprises seulement intensives en TIC ou seulement flexibles ont un niveau de productivité similaire à celles n'utilisant que peu de TIC et de dispositifs flexibles, alors que celles conjuguant les deux types d'innovations – technologiques et organisationnelles – présentent une productivité significativement supérieure (voir tableau 4). De même Askenazy (1999) trouve que l'informatisation n'est efficace que dans les industries manufacturières réorganisées. Elle réduit la productivité totale des facteurs dans les autres (14) . Ainsi la réorganisation est particulièrement efficace pour les industries fortement informatisées (tableau 5) ; pour un niveau moyen d'investissement informatique par salarié, la réorganisation garantit un gain relatif de croissance annuelle de la productivité totale des facteurs d'environ un point. Cette propriété subsiste même après contrôle par les caractéristiques des industries. Ces résultats suggèrent une solution au paradoxe de productivité de Solow durant les années 80 : l'absence de corrélation entre informatisation et performances cache un succès dans les entreprises (ou les industries) avec une structure flexible et un échec dans les autres (15)  Ainsi les technologies de l'information favorisent la croissance non seulement à travers les secteurs directement productifs de ces technologies ou des services attachés, mais aussi par leur diffusion dans les entreprises efficaces et intensives en information. Ce mécanisme s'est probablement accéléré aux États-Unis dans les années 90 avec le développement continu des organisations flexibles, en particulier dans le tertiaire.