Intégration et solidarité

3. Exclusion et entraide

3.1. Exclusion et entraide: une situation préoccupante

Documents associés - Textes de référence

"La potence et la pitié"


Autès, Michel (1992), Pauvreté et RMI, in Ferréol Gilles, coll. ''Intégration et exclusion, Lille", p. 192


La métaphore de la potence et de la pitié est ici très éclairante. Les politiques mises en œuvre suivent les cycles du travail : plutôt la répression quand la main-d'œuvre est insuffisante, notamment après les grandes crises du XIV° siècle, ou au milieu du XVII° ; plutôt l'accueil et la sollicitude quand cette "armée de réserve" est trop abondante pour trouver à s'employer dans l'activité économique, comme au milieu du Moyen Age ou lors des crises de surproduction successives. Répression de l'oisiveté et de la mendicité, d'un côté; tentative de contenir la révolte sociale qui menace quand manque le travail dispensateur du revenu, de l'autre. Bien sûr, ces grandes tendances sont à nuancer, à replacer chaque fois dans les contextes locaux. Les stratégies se combinent, se chevauchent, se complètent. C'est ainsi que l'enfermement peut correspondre tout aussi bien à une mesure de répression qu'à une volonté de protection. Les hôpitaux généraux du XVII° siècle ne sont pas les ateliers nationaux de 1848, ni les colonies agricoles des années 1880-1890.

Comportements répressifs dans le premier cas, volonté d'aider les sans-travail dans le second, combinaison complexe de protection et de redressement dans le troisième, ne procèdent pas des mêmes stratégies à partir de moyens et de techniques pourtant similaires. Mais peut-être, justement, nos sociétés sont-elles en train de se détacher de ces rythmes séculaires organisés autour de la référence au travail.

Reste que la pauvreté, comme on vient d'en tracer à grands traits les éléments rémanents, marque à travers les siècles les limites de chaque système économique et politique, ou plutôt, le reflet déformé de ces limites dans la conscience du temps.

Les sociétés industrielles ont inventé des systèmes de protection qui, peu à peu, ont construit une réponse de grande ampleur aux problèmes de l'accident, du risque social lié au travail, de la vieillesse, de la maladie, du handicap. Leurs succès, cependant, n'épuisent pas les problèmes de la misère et de la déshérence, comme le rappelle cruellement l'actualité. D'autres figures de l'exclusion apparaissent alors, qu'il convient de dissoudre dans de nouvelles représentations et de résoudre par l'invention de nouvelles formules de solidarité.