Nous avons demandé aux pauvres de 60 pays d'analyser et d'exprimer leur conception du bien-être (un mode de vie satisfaisant) et du"mal-être" (un mode de vie peu satisfaisant).
Les termes employés pour décrire le bien-être sont bonheur, harmonie, paix, absence d'angoisse et tranquillité d'esprit. En Russie, les personnes interrogées disent :"Le bien-être, c'est ne pas avoir de soucis d'argent tous les jours". Au Bangladesh, c'est"ne pas connaître l'angoisse". Au Brésil, les gens veulent"ne pas subir autant de coups durs".
Le mal-être comprend l'absence de biens matériels, des expériences rebutantes et le manque d'estime de soi. À la Jamaïque, un groupe de jeunes gens classent l'absence de confiance en soi au deuxième rang des conséquences de la pauvreté :"La pauvreté nous empêche de croire en nous-mêmes, nous ne sortons guère de notre milieu, nous sommes mécontents, enfermés chez nous toute la journée".
Même si la nature du mal-être et de la pauvreté varie suivant les lieux et les personnes (ce dont les responsables doivent tenir compte), on reste frappé par le nombre des points communs qui transcendent les frontières. Comme on peut s'y attendre, le bien-être matériel s'avère très important. Partout, les pauvres citent le manque de nourriture, de logement et de vêtements. Au Kenya, un homme dit :"La pauvreté ? Ne me demandez pas ce que c'est : vous l'avez rencontrée devant ma porte. Regardez la maison, comptez les trous. Regardez mes affaires et les vêtements que je porte. Regardez tout ce qu'il y a ici et écrivez ce que vous voyez. C'est ça la pauvreté".
En dehors des aspects matériels, le bien-être physique occupe une place importante dans les descriptions de la pauvreté, et l'un et l'autre se combinent lorsque l'absence de nourriture provoque la mauvaise santé, ou lorsque la mauvaise santé empêche l'individu d'avoir un revenu. Les gens disent combien il importe d'avoir l'air bien nourri. En Éthiopie, ils disent :"Nous sommes maigres","Nous sommes pâles et mal nourris" et parlent d'une vie qui"les vieillit avant l'âge".
La sécurité du revenu est aussi liée étroitement à la santé, mais l'insécurité ne se limite pas à la mauvaise santé. La criminalité et la violence sont des facteurs souvent cités par les pauvres. En Éthiopie, les femmes disent :"Nous vivons heure par heure" en nous demandant avec inquiétude s'il va pleuvoir. Un Argentin dit :"Si on travaille, tout va bien. Sinon, on meurt de faim : ce n'est pas compliqué".
Deux aspects sociaux du mal-être et de la pauvreté sont également venus au jour. Pour beaucoup de pauvres, le bien-être signifie la liberté de choix et d'action, et le pouvoir d'influer sur son propre destin. Une jeune Jamaïcaine affirme que vivre dans la pauvreté équivaut à"vivre en prison, dans la servitude, en attendant la liberté".
Sur ces sentiments se greffent les définitions du bien-être comme le bien-être social et des réflexions sur la honte qui accompagne la pauvreté. Comme le dit une femme âgée en Bulgarie :"Aller bien, c'est voir nos petits-enfants heureux et bien vêtus, et savoir que nos enfants sont casés ; c'est pouvoir leur donner de la nourriture et de l'argent quand ils viennent nous voir, au lieu de leur demander de l'aide et de l'argent". Un proverbe somalien montre le revers de la médaille :"Une maladie prolongée et une pauvreté persistante vous font haïr de tous".