Intégration et solidarité

3. Exclusion et entraide

3.1. Exclusion et entraide: une situation préoccupante

Documents associés - Textes de référence

La mendicité et les débats des Lumières


Chartier, Robert, La pauvreté à l’âge moderne (XVI°-XVII° siècles). Définitions, représentations, institutions, Paris, ESF, coll. ''in Fracassi Alain et alii (sous la dir. de), La pauvreté : une approche plurielle", p. 41-42


Les controverses sur le luxe, sur la ville dévoreuse d'hommes, sur la responsabilité sociale des élites sont autant de préoccupations sous jacentes au discours sur les pauvres.

L'abbé de MALVAUX enchaîne naturellement les trois thèmes : « Quels maux n'occasionnent-ils pas [les hommes couverts de dignités et regorgeant de richesses] par leur luxe et leur prodigalité ? Le démon de l'envie brûle tous les cœurs ; personne n'est plus content de sa situation ; les fortunes subites renversent toutes les idées du peuple, la cupidité appelle de toutes les provinces les seigneurs des terres qui accourent en foule importuner le trône ; ils épuisent leurs biens et pompent, s'il est permis de s'exprimer ainsi, jusqu'au dernier suc de la terre pour imiter les grands dans leurs fastes et dans leurs plaisirs ; toutes les richesses des provinces viennent s'engloutir dans la capitale ; les paysans quittent la charrue pour aller aussi chercher fortune à Paris et cette Babylone revomit à son tour ces hommes importuns qui viennent inonder les campagnes et en être la désolation et la terreur : le luxe est porté au dernier excès, le libertinage n'a plus de bornes. »

Le refus des institutions permanentes

    
Le concours de Châlons est aussi exemplaire en ce que les réponses unissent les attaques médicales et financières contre les hôpitaux généraux et le refus humanitaire des dépôts de mendicité. Dans les deux cas, le principe rejeté est celui d'institutions permanentes d'assistance. Cette vue nouvelle se fonde sur une géographie européenne de la réussite charitable. En tête du palmarès, les Provinces Unies : "Qu'on jette un coup d'œil sur les villes les plus florissantes de la Hollande, on n'y rencontre aucun mendiant, mais aussi n'y a-t-il pas de maisons de charité ? Tout homme est obligé de travailler pour vivre, il est aidé s'il est dans le besoin, il est justement arrêté s'il n'est que vagabond et fainéant." Tout en bas, les pays méditerranéens :" C'est un axiome politique que partout où l'on trouve qu'il est plus avantageux de ne rien faire que de travailler, le nombre des pauvres s'accroîtra dans cette proportion. L'Italie, l'Espagne, les deux pays de l'Europe où il existe le plus de maisons de charité, sont aussi les pays où il y a le plus de mendiants ".

Les solutions proposées s'accrochent donc à deux prémisses, inspirées du modèle hollandais :

1. "Quiconque ne veut pas travailler ne doit pas manger"

2. " Établissons dans chaque paroisse du royaume un bureau de charité en faveur des misères journalières".

Un double déplacement, donc : dans la représentation du pauvre puisque s'y profile l'ouvrier de la manufacture, dans la conception de la charité réduite à une aide temporaire destinée à soulager malheurs individuels ou souffrances du temps de crise. Les valeurs s'inversent : ce n'est pas l'hôpital qui doit être manufacture mais la manufacture qui doit effacer la pauvreté. Dans les mentalités plus tôt que dans les réalités, le pauvre cède la place au prolétaire.