Des comparaisons dans l'histoire (dans le temps) et dans l'espace, comprenant divers pays montrent que chez les peuples civilisés en voie de progrès, peuples dont nous avons seuls à nous occuper ici, un développement régulier de l'activité de l'État et de l'activité publique exercée à côté de l'État par les diverses administrations autonomes.
Cela se manifeste au point de vue extensif et intensif : l'État et les dits corps autonomes se chargent de plus en plus d'activités nouvelles et exécutent d'une façon de plus en plus complète et plus parfaite ce qui est l'objet de leurs activités anciennes et nouvelles.
Ainsi, un nombre toujours croissant de besoins économiques du peuple, surtout de besoins collectifs, sont satisfaits et le sont de mieux en mieux par l'Etat et ces corps autonomes. Nous en avons la preuve manifeste et mathématique dans l'accroissement des besoins financier de l'État et des communes.
L'État particulièrement, conçu comme une économie ayant à pourvoir la population de certains biens, notamment de biens collectifs pour certains besoins, devient par là d'une façon absolue de plus en plus important pour l'économie nationale et pour les individus. Mais aussi son importance relative s'accroît : c'est à dire qu'une portion relative toujours plus grande et plus importante des besoins collectifs d'un peuple civilisé en progrès se trouvent satisfaits par l'État, et non plus par d'autres économies privées ou collectives, propositions qui ne souffre que quelques exceptions réelles, mais la plupart du temps apparentes seulement, si l'on envisage les autres économies collectives de contrainte (commune, cercle, province) créées par la suite de la décentralisation de l'administration publique et de l'organisation de l'administration autonome. Mais si l'on synthétise l'État et ces économies collectives de contrainte qu complètent son activité, ce qui est nécessaire à diverses fins, il s'ensuit un accroissement de l'activité des économies collectives de contrainte dans leur ensemble ou de l'activité « publique », notamment centrale et communale, aux dépens de l'activité des autres économies collectives et privées. Dans la mesure où le recouvrement des dépenses de l'activité publique s'effectue suivant le principe de l'économie collective, il en résulte aussi un accroissement du caractère communiste de l'économie nationale. Mais bien que ce ne soit pas toujours dans la même mesure et de la même façon, néanmoins la seule entreprise par des administrations publiques de l'activité économique, entraîne avec elle un tel résultat, même si le principe économique privé des rétributions est appliqué absolument ou en partie au recouvrement des frais et au règlement des compensations.
L'unité typique de la vie économique, la famille, satisfait ainsi de plus en plus la plus grande partie de ses besoins, non plus suivant le principe économique privé de la compensation spéciale, mais suivant le principe économique collectif plus ou moins communiste de la compensation générale du service rendu et du service reçu en échange. En d'autres termes, une portion plus grande des dépenses du budget familial est attribuée à l'impôt surtout à la commune et à l'État, à des taxes payées à ces organisations et à des cotisations volontaires à des économies collectives libres, à des sociétés etc… Même quand subsiste, comme dans l'emploi du principe des honoraires, le principe de la compensation spéciale, la réglementation des prix s'effectue quand même autrement, suivant des taxes. De même le mode de production déréglé de l'économie privée se règle suivant les besoins évalués par l'autorité, et dans le service public avec son système de traitements, apparaît, en ce qui concerne la répartition des produits entre le sujet juridique et économique et les « forces du travail » (fonctionnaires), un système de taxation sociale des salaires qui remplace la réglementation économique privée des salaires ; toutes ces institutions ont une tendance vers une organisation plutôt socialiste de l'économie nationale, de la production, de la répartition, du recouvrement des frais, tendance qui nous éloigne de l'organisation individualiste de l'économie nationale.
On voit encore par là combien insuffisante est l'estimation d'après la valeur échange dans la théorie ordinaire. En beaucoup de cas, en effet, elle n'est pas un phénomène qui se produit toujours nécessairement, mais un phénomène historique, remplacé dans une autre constitution d'économie nationale par l'estimation d'après la valeur d'usage et la valeur de coût : dans quelle mesure ? Seule l'expérience postérieure nous l'apprendra. Mais tout accroissement du système économique collectif, surtout de contrainte, restreint la sphère de l'estimation d'après la valeur d'échange.
L'extension de l'activité publique se manifeste, dans les domaines des deux fins d'État, conduisent aussi à un développement toujours plus grand de l'activité de l'État, de la commune, etc…même dans la sphère des besoins matériels et individuels.
Les raisons profondes de cette extension de l'activité de l'État et des économies collectives de contrainte ou de l'activité « publique » peuvent en partie se déduire (a priori) de l'essence de l'État et de la commune déterminée par l'expérience chez les peuples en progrès ; on peut en partie les induire des faits particuliers qui mettent en évidence l'extension de cette activité. Leur connaissance nous autorise à parler d'une loi économique) de l'extension croissante de l'activité publique et spécialement de l'État, loi qu'on doit ainsi formuler dans l'économie financière : loi de l'accroissement du besoin financier public dans l'État et les corps administratifs autonomes.