(…) Le coeur de la difficulté de l'organisation des marchés agricoles se trouve dans la "loi de King", c'est-à-dire, (…), le fait que l'élasticité de la demande de produit agricole par rapport au prix est faible, et plus petite que un en valeur absolue. Ceci entraîne que de faibles variations dans l'offre vont produire des fluctuations de prix de bien plus grande ampleur. De plus, ces fluctuations sont perverses, en ce sens qu'une offre relativement faible rémunérera mieux les producteurs qu'une offre abondante (la perte sur la quantité sera plus que compensée par la hausse des prix). S'ils le pouvaient, ceux-ci auraient donc intérêt à se grouper pour réduire l'offre, et "faire grimper les cours". Heureusement pour les consommateurs, de telles actions sont techniquement très difficiles, pour ne pas dire impossibles. En pratique, la loi de King se traduit par une grande instabilité des marchés agricoles libres. La parabole du Cobweb aidera à comprendre la nature du problème.
Considérons (figure 1) une courbe d'offre, O, et une courbe de demande, D, dans le diagramme classique où les prix sont portés en ordonnées, et les quantités en abscisse. L'équilibre du marché se situe normalement en E, point de rencontre de 0 et de D, pour la quantité q* et le prix p*. Mais supposons que, pour une raison fortuite, au temps 1, l'offre s'écarte de q*, pour prendre la valeur q1. Le prix monte évidemment en p1. Supposons alors que les producteurs croient que ce prix p1 est un prix d'équilibre, et ajustent en conséquence leur production pour la période suivante. La production sera q2, et le prix correspondant p2.Imaginons que les producteurs continuent à croire que le prix courant est un prix d'équilibre. Ils sont conduits à produire p3, et ainsi de suite. Le diagramme de la figure 1 ressemblant à une toile d'araignée (en anglais, cobweb), on a donné à cette théorie des fluctuations des marchés le nom de "modèle du cobweb".
Figure 1 : le cobweb traditionnel, avec courbes d'offre et de demande linéaires.