Le capital culturel
La question de l'égalité des chances scolaires a fait l'objet d'études approfondies à partir du milieu des années soixante. Au niveau des faits, il était souvent montré une corrélation entre la position sociale des parents et la réussite scolaire des enfants, particulièrement sensible aux moments importants de l'orientation (successivement, entrée en sixième, puis en quatrième, puis en seconde). Une des interprétations de cette corrélation, qui éliminait toute différence naturelle, reposait sur l'homogénéité des langages et des savoirs entre le milieu familial et le milieu scolaire, c'est-à-dire sur l'existence d'une sous-culture à laquelle il fallait participer pour détenir les clés de la réussite ; selon certaines interprétations, cette homogénéité était socialement organisée par les classes dominantes pour reproduire et la structure sociale et leur pouvoir de domination. En lien avec ces interprétations, un premier ensemble d'actions a consisté à modifier les programmes et les exigences scolaires de façon à les rendre cohérents avec le savoir spontané des enfants des catégories défavorisées. Cette réforme a privé les meilleurs de ces derniers de la possibilité de pénétrer l'univers culturel des familles favorisées sans empêcher celles-ci de continuer à maîtriser les circuits de l'acquisition du savoir. De toutes façons, ces interprétations négligeaient à la fois la logique des choix individuels et les effets émergents des décisions visant à la démocratisation : R. Boudon a montré, on l'a vu, que le choix de poursuivre ou non des études était le fruit d'un calcul rationnel qui tenait compte des opportunités de réussite et que les mesures de démocratisation finissaient par accroître l'investissement éducatif de tous sans assurance d'un rendement individuel supplémentaire. Finalement, bien que nos sociétés soient sur ce point parmi les plus démocratiques que l'histoire ait connues, la recherche institutionnelle de l'égalité des chances ne parvient pas à faire qu'elle puisse être ni qu'elle soit systématiquement saisie.
Le capital social
Le capital social représente l'ensemble des relations sociales qui permettent à un individu de valoriser son capital culturel et économique : ainsi, par exemple, la qualité des stages de formation sera sensiblement différente d'un étudiant à un autre selon le réseau d'entreprises où il peut se faire recommander. Il s'agit donc, là aussi, d'un phénomène qui limite l'efficacité du marché dans la répartition des métiers et des revenus. La meilleure façon d'atténuer l'importance du capital social dans l'orientation professionnelle est d'organiser des concours à toutes les étapes du cursus scolaire et, éventuellement, à l'entrée dans la vie active ; mais cette organisation des concours entre elle-même en contradiction avec l'idéal démocratique qui anime les systèmes scolaires modernes. C'est sans doute à cause de cette contradiction interne que ces derniers deviennent de plus en plus des systèmes à deux vitesses ainsi qu'en témoigne de manière particulièrement nette l'organisation de l'école au Japon : d'un côté l'école démocratique, de l'autre, l'école méritocratique. En choisissant son lieu de formation et son lieu d'insertion, l'étudiant Japonais comme tous les autres étudiants, mais de manière plus systématique, vise à acquérir un capital social, ici représenté par la firme qui prend littéralement en charge la carrière de ses salariés.
Le capital économique
Quant au capital économique, son rôle ne concerne pas tant les ressources qu'il génère et dont on suppose qu'elles peuvent être compensées par le financement des études par les emprunts, mais soit la possibilité d'entrer dans la vie active comme cadre supérieur dans l'entreprise familiale, soit la possibilité de créer une nouvelle entreprise grâce aux fonds propres obtenus par héritage. L'un des moyens de limiter l'influence du capital économique serait la suppression de l'héritage et, de fait, les pays développés ont mis en place des systèmes d'imposition qui limitent l'importance de cette transmission. D'ailleurs, l'évolution de l'espérance de vie joue partiellement un rôle complémentaire en retardant l'âge auquel l'individu moyen hérite de ses parents, même si cela n'empêche pas les donations. Enfin, la plupart des emplois sont aujourd'hui créés dans le cadre de sociétés anonymes et non de sociétés unipersonnelles de sorte que l'importance relative du capital économique, sans avoir disparu, peut, statistiquement au moins, être relativisée.