Hérité de Bourdieu, ce concept désigne la culture cultivée, la culture légitimée par les classes sociales supérieures, par les détenteurs d'un fort capital culturel. Elle englobe la culture classique comme l'avant-garde. Cette légitimité n'est en aucun cas un jugement de valeur du sociologue. Elle souligne simplement que cette étant validée par les classes culturellement dominantes, et souvent aussi par l'institution scolaire, cette culture revêt une grande force symbolique.
Cette notion qualifie une réalité sociale. A l'évidence, il y a plus de légitimité à visiter une exposition de sculptures contemporaines qu'à regarder un western à la télévision. Mais le concept de légitimité culturelle pose certains problèmes théoriques.
· Parler d'une culture légitime unique, c'est laisser penser que les classes culturelles dominantes ont des pratiques unifiées, similaires. Or, il se peut que les jugements d'une personne appartenant à cette classe ne valident pas l'intégralité de la culture légitime. Par exemple, un professeur d'université peut plébisciter la peinture de la Renaissance et détester l'art actuel.
· La légitimité elle-même semble un concept bien flou. Qui peut valider la hiérarchie des pratiques culturelles ? En matière culturelle, il n'existe pas d'institution susceptible de hiérarchiser les genres ou les styles, comme le fait l'école en matière de diplômes.
· Ce concept est caricatural des relations entre classes sociales, puisqu'il présuppose que les classes dominantes cherchent à imposer aux classes dominées leur modèle culturel.
Malgré ses limites, la légitimité culturelle est couramment employée, sans doute faute d'alternative. Même les sociologues critiquant la notion, comme Bernard Lahire (qui en fait un historique très intéressant, à partir des exemples français et américain), l'utilisent pour construire leur réflexion.