Régulation et cohésion sociale

3. Régulation sociale et conflits

3.2. Conflits et recomposition normative

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La fronde anti-OGM


Ollitrault, Sylvie (2006), , Xavier Crettier et Isabelle Sommier, La France rebelle, Editions Michalon, p. 476-477


Ce texte développe un exemple récent de « nouveaux mouvements sociaux », à travers le cas des « faucheurs d'OGM ». Même si leur impact sur les normes juridiques reste, pour l'heure, assez réduit, ils peuvent conduire au développement d'une conscience écologiste et à l'infléchissement de certaines politiques, environnementales ou agricoles notamment.

 

Des faucheurs volontaires aux rébellions d'élus

Avec les faucheurs volontaires, le registre de la désobéissance civile réapparaît sous la houlette d'acteurs comme José Bové ou Jean-Baptiste Libouban qui l'avaient déjà expérimenté trente ans plus tôt. La philosophie d'action inspirée de Lanza del Vasto, de Gandhi ou de Martin Luther King prend un tour nouveau dans un contexte de critique altermondialiste, remettant en question le poids des multinationales ou les normes de l'OMC. […] Si le nombre de faucheurs volontaires est faible (environ 400), la mise en scène de l'action, puis leurs procès émaillés d'un rebondissement à Orléans (automne 2005) avec la relaxe des prévenus, nourrissent les pages des journaux et favorisent une médiatisation de la contestation. En définitive, les 49 faucheurs volontaires ont été condamnés en appel en juin 2006 et ont décidé de se pourvoir en cassation. Avec la récente poursuite de Gilles Memaire, ex-secrétaire national des Verts et faucheur volontaire, qui a été saisi de ses biens au nom de la réparation, la désobéissance civile redevient un mode d'action écologiste qui construit des héros et des victimes d'un système accusé de ne pas respecter les droits des citoyens à l'information et à la rébellion. Un mouvement de sympathie s'instaure qui fait que nombre de citoyens soutiennent l'action des faucheurs, en signant la charte des faucheurs volontaires : une bonne manière d'irradier au-delà du groupe, manifestant cette conscience de rébellion ! Le nombre de 4 000 à 6 000 signataires, en majorité fonctionnaire, profession libérale et enseignant, est avancé. Autre manière d'élargir le cercle et de diffuser le sentiment d'injustice, c'est l'idée toute nouvelle des comparants volontaires qui démultiplient le nombre de prévenus en s'associant aux prévenus réellement poursuivis par la justice. Ces méthodes permettent à la fois de consolider le groupe, de soutenir les accusés et de monter un scandale en ralentissant les procédures.

Face à ces rébellions frontales, les conseils régionaux, à la faveur d'un changement de majorité en 2004, ont décidé de se mettre en réseau et de se déclarer régions sans OGM. Les Verts et certains socialistes œuvrent pour la reconnaissance d'un principe de précaution et soutiennent d'autres initiatives d'élus déclarant leur commune sans OGM. Ces formes de résistance peuvent être couplées à des politiques environnementales ou agricoles privilégiant les options les plus respectueuses de l'environnement. Sur ce point, les formations partisanes sont de solides alliées du mouvement de contestation pour résister aux implantations de culture transgénique. Les adhérents de Greenpeace, depuis 2004, sont invités, quant à eux, à devenir des détectives. Ils repèrent sur les rayons des supermarchés les produits contenant les OGM et affichent un autocollant auprès de l'étiquette du magasin pour éveiller l'attention du consommateur. Pour cette opération d'éco-citoyen, l'adhérent dispose sur le site de Greenpeace d'un guide pour reconnaître les produits contenant les OGM ainsi que des conseils pour se défendre en cas de problèmes avec le personnel des supermarchés. Ainsi, chaque visiteur du site peut s'improviser détective. Nous observons que si en France, la mobilisation anti-OGM est menée par des militants chevronnés adeptes du « fauchage », elle s'enrichit de nouvelles modalités d'action qui peuvent être menées par des individus en free-lance ou par des petits groupes grâce à l'information et les cyber-actions proposées sur les sites des ONG. La lutte anti-OGM est, en outre, soutenue par une mobilisation d'élus se justifiant au nom d'un principe de précaution élevé au rang des normes à valeur constitutionnelle depuis la Charte de l'environnement (2005). Rappelons que l'article 1er prévoit que « chacun a le droit de vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé ». Cette mobilisation écologiste puise ainsi autant dans des réseaux d'acteurs locaux (opposition d'élus, de citoyens y compris non encartés), nationaux (réseaux écologistes français) que transnationaux (les ONG).