Sources et limites de la croissance

4. Les facteurs quantitatifs de la croissance

4.1. Les ressources naturelles et la croissance économique

Documents associés - Textes de référence

La décroissance vue par les « objecteurs de croissance »


Mayeur, Arnaud (2005), Grandeur et décroissance, Paris, PUF, coll. ''Major", p. 84-87


En 1991, Nicholas Goergescu-Rogen, l'un des fondateurs du courant de la décroissance, disait :


"Il n'y a pas le moindre doute que le développement durable est l'un des concepts les plus nuisibles"


Ce courant, représenté notamment en France par l'économiste Serge Latouche, fait partie des mouvements écologiques les plus militants. Leur point de départ est déjà et avant tout la remise en cause de l'objectif consumériste (…) : contrairement à ce qu'affirment les classiques, la consommation n'est pas une fin en soi ni le vecteur ultime du bien-être. Pire que cela, la consommation forcenée de nos sociétés nous conduirait dans le mur.

 


Chaque fois que nous produisons une voiture, nous le faisons au prix d'une baisse du nombre de vies à venir, selon N. Georgescu-Rogen.


Rentrons dans le détail de cette théorie. Toute production, quelle qu'elle soit, nécessite une dépense d'énergie : pour extraire les ressources, pour les transporter, pour les transformer en biens, pour les ache miner sur les lieux de vente et même pour les vendre et les consommer. Le problème est que cette dépense d'énergie est irrécupérable et augmente ce que les physiciens appellent l'entropie du monde. L'entropie est une grandeur physique utilisée en thermodynamique qui caractérise l'état de désordre d'un système. Les physiciens nous montrent, grâce à elle, que tout système physique a tendance à évoluer vers une moindre organisation : on dit que son entropie augmente. Par exemple, un gaz comprimé tendra naturellement vers une pression plus faible ; pour le recomprimer, il faudra accepter une dépense d'énergie. C'est ce que l'on appelle second principe de la thermodynamique ou principe de Carnot : dans un système fermé, l'énergie ne peut que se dégrader et son entropie croître. Les partisans de la décroissance, ou approche bioéconomique, appliquent ce principe à la terre en la considérant comme un système fermé. Dans un tel contexte, toute consommation puisant dans des ressources non renouvelables ou toute utilisation de ressources à un rythme supérieur à leur renouvellement diminue notre stock de matières premières : nous vivons alors au-dessus de nos moyens. À N. Georgescu-Rogen d'ajouter :


Même un état de croissance zéro, voire un état décroissant qui ne tendrait pas à l'annihilation, ne saurait durer éternellement dans un environnement fini.


Contrairement à ce que beaucoup affirment, le recyclage n'est pas en soi une solution viable car lui aussi demande de l'énergie et a donc tendance à augmenter l'entropie globale de la planète. C'est au nom de ces principes que les partisans de la décroissance déclarent l'état d'urgence en affirmant que l'humanité est à l'aube d'un danger d'anéantissement si nous ne parvenons pas à devenir (beaucoup) plus sobres. Ici sont plus spécialement visés les pays riches qui, bien que ne représentant que 20% de la planète, consomment 80% des ressources naturelles extraites. L'objectif alors affiché est celui d'une économie qui ne toucherait pas au capital naturel. Bruno Clémentin et Vincent Cheynet rappellent qu'"il reste, au rythme de consommation actuel 41 années de réserves prouvées de pétrole, 70 années de 55 années d'uranium".
Ainsi, pour les partisans de l'approche bioéconomique, les pays, notamment développés, devraient réduire de manière drastique leur production et leur consommation :


Dans une économie saine, l'énergie fossile disparaîtrait. Elle serait réservée à des usages de survie comme les usages médicaux. Le transport aérien, les véhicules à moteur à explosion seraient condamnés à disparaître. Ils seraient remplacés par la marine à voile, le vélo, le train, la traction animale (quand la production d'aliments pour les animaux est soutenable). Bien entendu, toute notre civilisation serait bouleversée par ce changement de rapport à l'énergie. II signifierait la fin des grandes surfaces au profit des commerces de proximité et des marchés, des produits manufacturés peu chers importés au profit d'objets produits localement, des emballages jetables au profit des contenants réutilisables, de l'agriculture intensive motorisée au profit d'une agriculture paysanne extensive. Le réfrigérateur serait remplacé par une pièce froide, le voyage aux Antilles par une randonnée à vélo dans les Cévennes, l'aspirateur par le balai et la serpillière, l'alimentation carnée par une nourriture quasiment végétarienne, etc.



Vaste programme. Pour éviter l'application totalitaire de ce dernier, les anti-croissances pensent à un changement "par le bas", demandé par le simple citoyen, informé et donc conscient des enjeux en cours : il faut repenser la consommation et chaque individu doit s'impliquer dans cette réflexion.